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Procol Harum et Pachelbel : le baroque, c'est canon 

Où l'on rencontre quelques inspirations inattendues, osées, voire questionnantes, du célèbre canon... Et où la mémoire collective nous englue sur les pistes de danse. 

Pauvre Pachelbel. Il a écrit des choses magnifiques, pour l'orgue, le clavecin, des messes, des préludes de choral, des chaconnes, des toccatas... 

Et tout ce que l'histoire retient, c'est un canon. Canon et gigue à 3 parties sur une basse obstinée en Ré Majeur pour cordes et basse continue, qui sans être la plus belle de ses pièces, ni la plus intéressante, est sans conteste la plus populaire, et elle s'est donc incrustée dans le marbre de la mémoire collective. Le maître incontesté du Canon, c'est Jean-Sébastien Bach, toujours bien assis au premier rang. Pachelbel connaissait la famille Bach, il a même enseigné au frère aîné de Jean-Sébastien dans l'une des villes où il occupait un poste d'organiste. Et il en a occupé, des postes d'organiste. Organiste, c'était son métier, et ce fameux canon est devenu comme une carte de visite, chantant et dansant à la fois, léger et pourtant rigoureux, rejoignant les deux grandes écoles musicales de son temps, l'allemande et l'italienne.

Un canon, grosso modo c'est quand deux phrases mélodiques identiques se suivent dans une musique. Mais le mot "canon" renvoie aussi à l'idée de modèle. Un canon de beauté. Un canon esthétique. Et devenir un canon en musique, c'était visiblement le destin de cette partition, si on en croit la somme incommensurable de groupes qui sont passés par là. Disons que, si la musique classique était une cuisine, le canon de Pachelbel serait le potage qui mijote perpétuellement sur le feu de la reprise, du réemploi, de la citation. Quand un musicien est pris d'une petite faim, il se glisse en catimini dans la pièce et l'agrémente à son goût :

  • Avec du piment, du piquant : Le Canon Rock de Jerry C
  • ou on le noie dans la crème : Demis Roussos, Que je t'aime
  • en grignotant des sushis
  • on s'en fait une petite entrée : Ménélik, Je me souviens
  • ou la prend en infusion : Les frères Jacques, La lune est morte
  • ... ou on renverse le bol et on retourne se coucher : Irish Moutarde, The Bitter End

D'autres ont préféré lui donner un coup de mixer et le transformer en velouté. Léger, onctueux. C'est simple et séculaire mais servi dans une si belle assiette, sur une table dressée pour les amis, pour un Noël ou un anniversaire dont on se souviendra, parce que c'était simple et bon et joyeux et doux.

Le cuistot responsable de cette vulgarisation réussie de la musique de Pachelbel, s'appelle Gary Brooker. Compositeur et chanteur du groupe Procol Harum. Précurseurs de ce qu'on a appelé le rock progressif, avec guitares électriques retenues et riffs puissants, mêlés de claviers, traversé de mélodies classiques. Gary Brooker a toujours admis que l'inspirant Jean-Sébastien Bach était pour quelque chose dans ce morceau. Il ne cite pas Pachelbel mais l'un et l'autre représentent à coup sûr l'intrusion de la musique baroque allemande dans le titre qu'on va écouter dans cette chronique. Une intrusion délicate, raffinée, dont la composition en fait une sorte de chanson éternelle. De slow éternel vissé à notre culture collective. Un arôme de Pachelbel qui sent la madeleine de Proust. Et capable de régaler sans les lasser, les papilles de nos oreilles.

Le groupe rock issus de la Grèce, Aphrodite's Child avec le bassiste chanteur Demis Roussos et le claviériste populaire Vangelis ont largement adapté la mélodie dans leur chanson Rain and Tears sur leur premier album End of the Worldproduit en 1968.

Alain Barrière dans Tout s'en va déjà. Vitamin C dans la chanson Graduation (Friends Forever), La lune est morte, chantée par les Frères Jacques. Ave Paternum Deo, interprétée par le groupe Era dans l'album Classics II. Le rappeur Coolio dans sa chanson C U When U Get There.

En version rap dans la chanson Armageddon de l'album VOX d'Evangelion. En version new wave par le groupe Pet Shop Boys. Dans la chanson La petite marchande de porte-clefs d'Orelsan, l'air du canon de Pachelbel est utilisé tout le long de la chanson. La chanteuse japonaise Kanon dans sa chanson Kiseki ~ Song of Love. Le temps de vivre, chanson de Georges Moustaki.

L'écho du silence est chanté par Rost, sur l'air du Canon de Pachelbel (sur l'album La voix du Peuple, 2004). Le groupe de punk celtique Irish Moutarde, dans la chanson The Bitter End (sur l'album Perdition, 2018) La Maladie d'amour de Michel Sardou (sur l'album La Maladie d'amour, 1973). Tout pour ma chérie de Michel Polnareff (sur l'album Live at the Roxy, 1996). Daydream du groupe belge Wallace Collection fondé sur le Lac des Cygnes de Tchaïkovski. 

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