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Michèle Torr et Beethoven : Adagio pathétique et années 80

Michèle Torr et Beethoven : Adagio pathétique et années 80
Michèle Torr et Beethoven : Adagio pathétique et années 80 - © Tous droits réservés

Synthétiseurs, chœurs, réverbération dans la voix et chant éploré de l’amour malheureux… La chanteuse anglaise Louise Tucker avait sorti, un an avant Michèle Torr, son propre "Midnight Blue", succès international justifiant la reprise en français… ou pas.

Pas d’introduction. Pas de détails mais un panorama. Lent, régulier, serein. Le début de la sonate pathétique de Beethoven installe l’auditeur au sommet d’une tour ou sur le plus haut mât d’un voilier, et lui dit "Regarde. Regarde comme tout est calme et lointain".

En 1799, Beethoven a 27 ans. Il vit en même temps les débuts de la surdité et l’écriture de ses premiers grands chefs-d’œuvre. Comme s’il devinait qu’il n’aurait pas beaucoup de temps. Et d’ailleurs après ce début puisé dans le grave, la sonate s’emballe, acquiert du rythme, et prend le large dans la partition.

Ce n’est plus un paysage mais des personnages. Des questions, des réponses, des discours. Un thème qui passe, qui revient, une intrigue échevelée et haletante. Le suspense, même. Que va-t-il se passer ? Que va-t-on entendre ?

Et vient, le deuxième mouvement. L’eau, ou le ciel, est lisse. L’humeur est douce, la tension tombe. La mélodie prend son temps, se promène, l’artiste oublie presque qu’il était en train de nous raconter une histoire. On profite.

Michèle Torr. Midnight Blue. Personne ne vous en voudrait de trouver que ça fait un peu mal. Les années 80 font souvent cet effet-là 40 ans plus tard. Dans la chanson, disons-le tout haut, une bonne grosse part de la finesse de l’œuvre est abandonnée au profit des synthétiseurs, des chœurs, et de la réverbération dans la voix qui chante l’amour malheureux, évidemment, puisque ça doit être pathétique pour transmettre l’émotion à ceux qui écoutent la radio. Les années 80 aimaient beaucoup les émotions. Côté paroles, l’histoire lentement déroulée et bouclée de Ludwig s’est aussi plutôt perdue en route. On évoque des années bleues et on y repense dans une église, en écoutant un fou jouer de l’orgue… et on se sent comme à un rendez-vous avec un oiseau bleu entre nous deux… Bon. Voilà.

Mais ne soyons pas vilains, Michèle Torr a enchanté une génération entière de danseurs de slows, elle n’a fait que répondre aux tendances d’une époque et elle l’a très bien fait. Enfant précoce, dotée d’une voix remarquable dès son plus jeune âge, elle a fait ses débuts sur scène à 6 ans, la première partie de Jaques Brel à 16 ans, et mène une carrière brillante, sous l’aile des paroliers qui lui écrivent ses chansons, dont Didier Barbelivien et Pierre Delanoë qui sont responsables de celle-ci. Responsables, mais à moitié seulement, puisque la chanson est une adaptation. La mezzo-soprano anglaise Louise Tucker avait sorti, un an avant Michèle Torr, son propre Midnight Blue, succès international justifiant la reprise en français.

Quoi qu’il en soit, Beethoven n’étant crédité ni dans une version ni dans l’autre, on se permettra aujourd’hui de lui rendre la paternité de cette mélodie, quoi qu’il ait pu en penser s’il avait pu l’entendre. Comme disait l’autre, il vaut mieux vaut entendre ça que d’être sourd. Beethoven revisité par les années 80, ça arrive maintenant, bon gré, mal gré, jusqu’à nos oreilles.

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