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Maurane et Bach : Le havre de paix et le port du Havre

Quand le patriarche de l’humanité musicale se maquille de mots dissonants, on peut crier au scandale… Ou admirer la splendide voix qui les chante.

Jean-Sébastien Bach. Le monstre sacré, le père de la musique, le compositeur vénéré à l’unanimité et l’auteur du livre Saint des musiciens classiques, le Clavier bien tempéré.

Bien tempéré, le clavier, par un homme qui ne l’était pas tellement. L’histoire de ses disputes pourrait faire l’objet d’un livre et même d’un assez gros livre… Il avait en effet une fameuse tendance à faire ce qui lui plaisait et à claquer les portes quand ça ne lui plaisait plus. Il a 19 ans quand il se dispute la première fois avec son employeur, la Ville de Weimar. De là, il s’en va à Mülhausen, où il se dispute… Plus ou moins avec tout le monde. Il revient à Weimar où il se vexe parce qu’on ne lui accorde pas le poste tant convoité et mérité après neuf ans de bons et loyaux services. Il s’en va donc encore une fois et il se pose à Köthen. Et là. Silence, on ne touche plus à rien… Dans cette ville au Nord-Ouest de Leipzig, Bach restera six ans au service de la cour et il y sera heureux. Et comment ne pas l’être ? Il occupe le poste prestigieux de maître de chapelle, au service d’un prince qui aime la musique et qui la pratique, au milieu d’une population calviniste, un culte sobre qui exclut la musique religieuse : Bach a donc toute licence pour composer d’autres choses. Et il le fait. Sa créativité n’a pas d’entraves. Il multiplie les registres musicaux, et trouve même le temps de commencer sérieusement l’éducation musicale de ses enfants. C’est l’objet du Clavier bien tempéré, ouvrage didactique par excellence.

Le Prélude en Do majeur ouvre le Premier livre du Clavier bien tempéré. C’est sans doute l’œuvre classique la plus transcrite, détournée, réinterprétée. Au début des années 1990, c’est Jean-Claude Vannier qui écrit pour Maurane la musique et le texte de la chanson "Sur un Prélude de Bach".

Maurane est royalement assise sur le succès de Starmania quand Vannier l’appelle et lui propose d’écrire pour elle. Quand il lui soumet la chanson, elle est d’abord scandalisée. Alors déjà : Hérésie : chanter sur du Bach ? Et puis, le vocabulaire particulier de Vannier : baraque, pot de colle, casserole, gasoil ? Maurane répond à Vannier que son papa est directeur de Conservatoire, et que s’il entendait ça, il deviendrait fou. Ce à quoi Vannier lui répond "Eh bien quoi. Je trouve ça bien pour les gens, de se mettre en danger".

Comment mieux résumer la rencontre de Bach avec Vannier et Maurane ? La mélodie de Maurane, d’abord, est très personnelle. La tonalité est modifiée. Le prélude en Do majeur devient une chanson qui voyage du mi bémol dans l’introduction au si bémol, à l’arrivée du chant. La forme aussi est modifiée, les arrangements sont adaptés, on a des envolées de cordes, des modulations, et en parlant de danger, on y va carrément en fin de titre, en s’écartant complètement de l’œuvre originale pour faire un saut dans le jazz et la vocalise pop… Les paroles ensuite, disent tout l’amour qu’on peut ressentir pour la musique bien sûr mais aussi pour les maladresses, les regrets, les ratures… Les casseroles qu’on traîne dans cette chanson sont représentées par une musique et une voix qui expriment avant tout une certaine sérénité.

Dans la rencontre de Bach avec Jean-Claude Vannier et Maurane, on peut donc dire qu’il y a le calme, la cicatrisation, la douceur… Le havre de paix pour l’un et le port du Havre pour les autres…

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