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Les Beatles et Beethoven : De l'autre côté du miroir

Les Beatles et Beethoven : De l'autre côté du miroir
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L'invention du gramophone a permis la diffusion de la musique jusque chez soi, dans son salon. Une musique palpable, physique ... un disque noir et des sillons à lire à l'endroit, ou à l'envers.

Au XIXe siècle, Monsieur Edison invente le phonographe. Une manière mécanique de lire du son : une aiguille glisse dans des sillons gravés sur un cylindre qui tourne. Magique. Encore plus magique : poser son doigt sur le disque et le pousser à l'envers. C'est là que ça peut devenir rigolo.

Parfois, c'est pas fait exprès, et le hasard est troublant mais sans plus. D'autres fois, c'est fait exprès, comme dans cette chanson de Pink Floyd sur le disque The Wall.

Jusque là, on n'entend rien que des chuchotements bizarres. Mais si on le lit à l'envers... On nous félicite d'avoir trouvé le message caché.

C'est du backmasking , ou "rotalie musicale" en bon français, ça veut dire qu'on enregistre des sons ou des messages à l'envers sur une piste musicale.

Dans l'Amérique très puritaine des années 80, des groupes de rock étaient accusés d'utiliser la technique pour diffuser des messages satanistes, évidemment, et perturber l'âme pure des adolescents. Led Zeppelin, Queen, Styx, pour ne citer qu'eux, ont subi quelques attaques d'eau bénite.

Mais avant ça, dans les années 50 et 60, dans notre bonne vieille Europe, les artistes ont inventé la musique concrète. Exploration de l'acoustique, et mélange de musique avec des captations de chants d'oiseaux, par exemple, ou de bruits de train, de rue, de vent, d'orage... etc.

Les Beatles se sont beaucoup amusés avec ça, notamment sur le disque "Revolver", et ont popularisé du même coup l'enregistrement à l'envers.

On a prêté aux Beatles beaucoup de messages subliminaux. Entre autres des rumeurs sur la mort de Paul Mc Cartney. Donc, pour résumer : si c'est à l'envers, ce serait forcément sataniste, pervers ou morbide ? Non non, pas toujours...

On est un soir de l'année 1968 ou 1969. Yoko Ono et John Lennon sont chez eux. Lui, il lit dans le canapé, elle, elle pianote sur le clavier. Elle joue avec La Sonate au clair de lune de Beethoven... en avant, en arrière, sur les côtés. Soudain, John lève la tête, lui demande, ma chérie, s'il te plait, rejoue ce passage à l'envers ? Ainsi naquit la chanson "Because".

Beethoven a composé la sonate en 1801. Elle est dédiée à la comtesse Giulietta Giucciardi, 17 ans à peine, dont le compositeur était sans doute amoureux. Le premier mouvement, le plus célèbre, est cette marche lente, presque funèbre. Une prière pensive, tamisée, intime.

Il l'appelle "Sonata quasi una Fantasia per il Clavicembalo o Piano-Forte", Sonate presque une fantaisie pour clavecin ou pianoforte. Si c'était juste une sonate, elle serait peut-être plus figée, moins sublime. Ici, elle appelle l'improvisation, le détour, l'interprétation.

Après son introduction qui fait clin d'œil à la Sonate au Clair de Lune, Because déroule des paroles simples. Parce que le monde est rond, que le ciel est haut, que l'amour est vieux ou nouveau. C'est le dernier titre enregistré par les Beatles avant la dissolution du groupe quelques mois plus tard.

Pour Beethoven, cette sonate c'est un amour déçu mais aussi le début de la surdité. Avant de s'éteindre 25 ans plus tard, il retournera la musique par dessus, par dessous, par les côtés et sans l'entendre... La neuvième symphonie fait partie de celles-là. Mais grâce aux partitions pour lui, aux microsillons pour les autres, tout ça a été projeté bien loin... jusqu'à nous et nos petites oreilles.

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