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Joe Dassin et Ketelbey : Génétique d'un tube

Une chanson française qui doit son succès à un tube anglais, qui doit lui-même son succès aux turqueries de Monsieur Ketelbey, ses caricatures et ses francs clichés. Succès babylonien

L'Amérique aime la France, ses artistes et le bon vin. La France de son côté, aime aussi l'Amérique, et son rêve, selon lequel n'importe qui peut devenir ce qu'il veut, s'il travaille beaucoup et qu'il est motivé. De cet amour partagé sont nées des chansons, la France a célébré sa fascination pour l'Amérique en passant par les voix d'Eddy Mitchell, Bernard Lavilliers, Nougaro, et Johnny, bien sûr.

Mais LA chanson qui nous intéresse dans cette chronique, c'est celle de Joe Dassin. Joseph Ira Dassin, de son nom de baptême, est né à New York, et la famille s'installe en France quand Joe est adolescent. Ses débuts comme chanteur sont mitigés et sa carrière décolle doucement. Doucement, mais sûrement, en pente régulière vers un sommet. Et ce sommet, s'appelle pour lui l'Amérique. C'est la chanson consécration, mais qui, en réalité, n'est pas vraiment de lui. Le tube, c'est au groupe Christie qu'on le doit, et à son titre Yellow River.

Et Christie n'est même pas un groupe américain mais anglais. Comme Ketelbey à qui on a emprunté la mélodie pour la moderniser au goût des années 70. Ketelbey, compositeur anglais, donc, et héritier direct des pages d'Edgar Elgar. Ketelbey qui aimait à s'épancher musicalement à travers des compositions atmosphériques, exotiques et légères, comme dans Le marché persan. Le marché persan, c'est une vision purement occidentale, caricaturée et sans complexes, du lointain Orient qui fascine l'Ouest à cette époque. Rien ne nous est épargné, des chameaux aux épices, en passant par les voiles cachant le visage de la princesse.

Dans la généalogie musicale, la chanson française de Joe Dassin doit donc son succès au tube anglais de Christie, qui doit lui-même son succès aux turqueries de Monsieur Ketelbey. Remarque amusante : si on voulait essayer de traduire le nom du compositeur britannique il signifierait "haut fonctionnaire turc", originaire de la ville de Ketel (ça existe, c'est aux Pays-Bas. Peut-être qu'elle est traversée par une rivière jaune ? On ne sait pas).

Quoi qu'il en soit, la chanson de Joe Dassin, sur les paroles de son comparse Pierre Delanoë est bien vite devenue un succès mondial, et rapportera à son chanteur les millions de dollars du rêve américain. De quoi siffler, finalement, en haut de cette colline, les mains dans les poches, l'air content de soi. Un succès partagé, un succès historique qui est arrivé, vainqueur, jusqu'à nos oreilles.

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