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Jacques Brel et le Dies Irae : l'aventure, c'est la vie

Jacques Brel
Jacques Brel - © AFP

Dies Irae, Jour de colère. Le thème de la mort habite toute chanson funéraire qui se respecte. Du chant grégorien jusqu'à nous, on prend un verre à la terrasse de la pensée brellienne.

Jour de colère, que ce jour là Où le monde sera réduit en cendres (...) La Mort, surprise, et la Nature, verront se lever tous les hommes, pour comparaître face au Juge. (...)

Le thème du Dies Irae figure dans toute musique funéraire qui se respecte. Quelques mots seulement et quelques notes, un thème simple et péremptoire, immédiatement reconnaissable.

Le Dies Irae, l'hymne de la mort composé aux alentours du XIIIe siècle est un acte d'humilité, face au dernier voyage, et à la peur du Jugement. Il est né dans la tradition du chant grégorien, instaurée par le pape Grégoire 1er au VIIIe siècle. Les ingrédients de base du chant grégorien sont : l'unisson (car Satan vit dans les harmonies) ; le latin (la langue du Seigneur) ; un chant porté uniquement par des hommes et a capella (parce que Satan se cache aussi dans la femme et dans la musique).

A l'époque romantique, le Dies Irae étend sa présence. C'est une mine d'inspiration pour cette période où la majuscule est reine, et souligne les concepts forts et profonds comme l'Amour, la Passion, la Nature, et la Mort.

Mais il ne faut pas avoir vécu au temps du romantisme pour être troublé ou effrayé par la mort, pour soulever des questions philosophiques et religieuses. Est-ce qu'il y a quelqu'un ou quelque chose "après" ? Est-ce qu'on est puni ou pas ? Y a-t-il autre chose qui nous attend ? Seuls ou avec ceux qui sont partis avant nous ? Sera-t-on encore des êtres physiques ou bien des âmes en lévitation ? L'existence se poursuit-elle ou bien rien du tout.

C'est difficile d'imaginer le rien - et ne rien pouvoir imaginer est terrifiant. Penser que tout ce qu'on est et ce qu'on a fait n'a peut-être pas de sens ni aucun but, c'est admettre qu'il est possible de complètement disparaître. Et ça, c'est un tout petit peu insupportable.

Jacques Brel a 30 ans quand il chante "La mort". La chanson évoque plus l’oubli que le désespoir. Le vrai drame, c'est le temps qui passe et qui recouvre tout. Ce ne sera pas la seule évocation du chanteur à la grande faucheuse. Ses chansons Le moribond, Le dernier repas, Le tango funèbre, parlent de ce qu'on laisse, mais n'essaient pas de deviner ce qui arrive à celui qui part. 

Brel ne croyait pas à une vie après la mort. Dans ses chansons, la crainte c'est la déchéance. La décrépitude lente et infamante. La maladie, le déclin. Mourir, la belle affaire, mais vieillir.... L'aventure, la vraie aventure, c'est la vie. Et il l'a chanté très fort pour que ça vienne jusqu'à nos oreilles.

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