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Jacques Brel et Greensleeves : Les eaux vertes et les manches d'une dame

'My Lady Greensleeves' de la seconde édition de from the second edition of 'Pan-Pipes: A Book of Old Songs', illustré par Walter Crane, avec des arrangements de Theodore Marzials
'My Lady Greensleeves' de la seconde édition de from the second edition of 'Pan-Pipes: A Book of Old Songs', illustré par Walter Crane, avec des arrangements de Theodore Marzials - © Tous droits réservés

Où il arrive que les eaux troubles du Port d’Amsterdam et le costume d’une vieille dame anglaise nous parlent de la même chose…

Amsterdam, c’est un symbole, c’est le port, c’est l’aventure qui commence demain et à laquelle tous les hommes rêvent. C’est presque une chanson de virilité.” C’est ce qu’a dit Jacques Brel, en parlant de cette chanson qui est devenue symbole du "crescendo brellien", celui qui amène le public du calme à l’hystérie, dans la progression d’une énergie irrésistible.

Tellement irrésistible que d’autres artistes, nombreux, ont eu envie de s’approprier la grâce magique de cette montée en puissance… Avec plus ou moins de réussite.

Amsterdam, c’est donc l’histoire d’un tube. Et pourtant, Brel ne l’aimait pas tellement, cette chanson. Il n’était pas convaincu. La première fois, il comptait la sacrifier en la chantant en début de concert. Elle serait la chanson martyre, celle qui sert à ajuster les derniers réglages. Mais les personnes qui étaient là à la répétition générale étaient tellement séduites, qu’il a fini par la déplacer. Elle deviendra finalement la seule chanson que Brel un jour a reprise en fin de concert, lui qui jusque-là, s’était fait un principe de ne jamais offrir de bis.

Mais qu’est-ce qui charme tellement dans cette chanson, à part bien sûr le style de Brel, et son génie d’interprétation ? C’est peut-être aussi parce que cette musique est composée de façon à nous parler d’ailleurs, que les notes s’enchaînent dans une progression qui invite à la danse, et au fond au départ ne serait-ce pas une danse ?

Greensleeves. Un air familier de chanson traditionnelle anglaise. Ces "manches vertes", seraient celles d’Anne Boleyn, deuxième femme d’Henri VIII, une musique composée par son illustre époux sur un rythme binaire de passamezzo, une danse dont la progression mélodique et rythmique est déjà connue de toute l’Europe à la Renaissance, et caractérisée par cette basse obstinée, ostinato, qui rend la musique hypnotique. Cette chanson traditionnelle a d’ailleurs, elle aussi, fait l’objet d’interprétations diverses et variées.

Amsterdam, c’est donc l’histoire d’un tube. Mais un tube, finalement, c’est juste un air de musique qui sonne universel, une suite d’accords et de notes qui touche une fibre commune dans tous ceux qui l’écoutent. Et alors, il arrive que les eaux troubles du Port d’Amsterdam et le costume d’une vieille dame anglaise nous parlent la même langue.

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