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Gainsbourg et Khatchatourian : un peu de douceur dans un drôle de film

Charlotte for ever, drôle de film et drôle de mise en scène. Quand le père et la fille à la ville incarnent le couple à l'écran, la chose dérange d'autant plus que le parallèle est palpable. Mais l'innocence du geste revient peut-être, dans le choix de la musique...

Moi, monsieur, je me déguise en homme pour n'être rien. C'est une phrase de Francis Picabia, peintre et écrivain français, sympathisant dadaïste à l'époque du dadaïsme. Une phrase connue de Gainsbourg, et qu'il citait... à Gainsbarre, dans une auto-interview pour l'émission "Lunettes noires pour nuits blanches" en 1989.

Se déguiser en homme pour n'être rien... Gainsbarre, la distorsion aigrie de Serge Gainsbourg, le showman amer prenant possession de l'homme, la provocation écrasant le poète et l'élégance. Gainsbourg et Gainsbarre cohabitaient dans un artiste mouvementé.

Gainsbarre, c'est le billet de banque brûlé en direct, l'hymne français chanté avec des militaires jamaïcains, la provocation permanente, la chandelle brûlée par tous les bouts, le grand n'importe quoi, le début de la fin. Gainsbarre, c'est aussi Jane Birkin, l'amour fou avant le foutons-le-camp, et c'est l'avènement de Charlotte.

Lying with you, une chanson de Charlotte Gainsbourg, un clip tourné dans la maison de Serge. Des souvenirs et des images figées, relation forte entre la fille et le papa qui l’entraînait à l'écran, sur les plateaux télé, toujours tellement fier, ouvertement fier, de sa petite fille. La preuve en cinéma avec Charlotte for ever, qui met en scène un père alcoolique et sa fille de 15 ans. Ils vivent seuls, il est scénariste raté, erre dans l'appartement, boit beaucoup et drague les copines de sa fille. Une atmosphère incestueuse et glauque, d'autant que Gainsbourg joue le père alcoolique et que Charlotte joue la fille de son père. Le parallèle avec la réalité est difficile à recevoir pour le public.

Pour la musique du film, le chanteur a puisé dans le classique, comme souvent. Cette fois-ci, c'est l'Arménien Aram Khatchatourian qui sert son univers. Avec une petite pièce de piano, un andantino tout rond, tout chaud comme un pain au sucre, tiré d'un ensemble que sont les "Tableaux de l'enfance".

C'est un hasard peut-être, mais voilà un peu d'innocence dans ce drôle de projet qu'est Charlotte for ever. Le chanteur lui-même disait qu'il avait été éprouvant, à faire et à revoir, pas à cause du scandale, mais parce qu'il avait "donné beaucoup de Gainsbourg et très peu de Gainsbarre pour le réaliser". Ses deux figures parallèles, sur deux rails qui filent vers un infini où ils sont censés se rejoindre.

L'andantino des Tableaux de l'enfance qui se retrouve dans le film de Gainsbourg avec Charlotte, c'est un autre parallèle, celui du grand vieux Serge versus le petit Lucien, Lucien Ginsburgh, fils de parents juifs, peintre contrarié, qui s'était tourné vers la musique comme vers un art mineur. Parce qu'il fallait bien manger et payer son loyer. 

La part de l'enfance là-dedans, la voix de l'enfant où est-elle. Entre Gainsbourg et Gainsbarre se tient Charlotte, grande et petite, fière et honteuse, brillante et effacée. Les enfants peuvent vivre comme des ombres ou bien, un jour, se détacher pour devenir des êtres entiers et lumineux. Pour devenir adulte, le chemin est parfois  trouble, unique, et il résonne... jusqu'à nos oreilles.

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