Un air de déjà vu

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Arthur H et Satie : Dites-le, mais sans le dire

C’est dans les plus grands silences qu’on entend le mieux la musique. Et quand la musique est pleine de silences, les mélodies se saisissent de l’âme et la charment. Frissons !

Arthur H, Arthur Higelin est le fils de Jacques Higelin et frère de Ken et Izïa Higelin. Une famille d’artistes, la plupart musiciens ou en tout cas mélomanes. Arthur H a de qui tenir en matière musicale avec son papa : Jacques Higelin, qui nous a quittés le 6 avril 2018 aimait bien aller puiser dans d’autres registres que le sien, les recycler et les intégrer à sa musique. Cela s’appelle du plagiat quand on le fait en cachette, mais ça s’appelle un hommage ou une citation quand on l’assume et qu’il en sort une nouvelle œuvre à part entière.

Arthur H, en bon artisan de la musique, s’est prêté à l’exercice et pour piquer une jolie mélodie, il n’a pas choisi parmi les plus nuls, puisqu’il emprunte la mélodie de la Première Gnossienne d’Erik Satie.

Etrange personnage cet Erik Satie

Erik Staie est un étrange personnage, une espèce de talent monstrueux en marge totale des normes de son époque, en marge artistiquement mais personnellement aussi. Erik Satie a par moments été son pire ennemi en insultant un journaliste qui n’appréciait pas sa musique ou en se barricadant seul dans son appartement et en cachant à tous sa pauvreté croissante, entre sa légendaire collection de parapluies et ses pianos. Tout le monde l’estime Satie de son vivant mais personne ne le considère vraiment comme un musicien. Alors, peut-être pour se sauver lui-même, il compose des gnossiennes.

Les Gnossiennes

Le mot est resté mystérieux, en grec, gnosos signifie salue de l’âme, mais en français, gnose renvoie à l’imaginaire de la secte. Impossible de trancher puisque les notations et le vocabulaire de Satie lui sont restés profondément personnels, fantasques, mais ce n’est pas une si mauvaise chose, puisqu’ils participent au merveilleux qui entoure son œuvre. Une œuvre déstructurée, minimaliste avec des rythmes lents, très peu d’accord, des partitions "écrites à la gomme", à effacer des débordements, à garde que le centre, le pure, le juste.

Ce merveilleux et ce mystère, on les retrouve dans la chanson d’Arthur H, dans la vidéo de la chanson, c’est décliné dans une sorte de chorégraphie amoureuse, épurée, élégante et sensuelle, et quand les paroles s’en mêlent, c’est pour ne pas trahir la musique. Le texte fait corps avec la musique en suivant sa mélodie, il respecte les silences et les temps de l’œuvre, un temps qui se répète, dans lequel on ne cherche pas à transformer quelque chose ni à devenir quoi que ce soit, la musique est du verbe être. Un verbe qui tient aussi bien dans le grain de voix d’Arthur H que dans les longs silences d’Erik Satie.

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