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Anne Sylvestre et Beethoven : l'enquête continue

Nous venons d’apprendre le décès de la chanteuse Anne Sylvestre, à l’âge de 86 ans, "des suites d’un AVC". Nous vous proposons de relire la chronique de Vanessa Fantinel, consacrée à l’une des chansons d’Anne Sylvestre, qui reprend l’un des plus célèbres thèmes de Beethoven, La lettre à Elise, qu’Anne Sylvestre a quelque peu détourné.

Mais qui était cette Elise qui colonise nos pianos ? Tentative de réponse avec une grande dame excédée par les gammes d’une invisible mais bruyante voisine…

La Colombe, Le cheval d’or, la Contrescarpe, le Bateau ivre, … Ce sont quelques-uns des endroits où vivaient les chansons dans les années 50 et 60. On les imagine petites, ces salles de cabarets, avec des tables jamais très loin de la scène, et où le public peut faire l’expérience du concert en étant proche, physiquement proche, des Boby Lapointe, Georges Brassens, Gilbert Bécaud et Barbara en tous genres qui faisaient rêver les gens en mots et en mélodies.

Anne Sylvestre écrit des chansons parce que c’est ça qu’elle aime. Elle commence à la même époque que Jean Ferrat et Pierre Perret – la belle époque pour la chanson. Elle vit sur les planches avec sa guitare, se fait remarquer par son timbre particulier, sa voix très étendue, son écriture sincère et piquante.

Elle a longtemps pensé que si on faisait des chansons c’était pour ne pas avoir à expliquer les choses. Chanter c’est mieux que parler. Et pourtant, dans un de ses titres, c’est précisément ce qu’elle reproche à Beethoven… de ne pas assez s’expliquer !

Lettre ouverte à Elise " Mais qui était cette Elise…" ?

La bagatelle en la mineur, que Beethoven compose vers 1810, n’était pas destinée au succès qu’on lui connaît. D’ailleurs, une bagatelle, ça dit bien ce que ça doit être : une petite pièce mineure, mignonne, une badinerie.

Et elle ne s’appelait même pas "Lettre à Elise". Elle ne s’appelait pas du tout, et on ne connaît aucune Elise dans l’entourage du compositeur, qui aurait pu recevoir ce genre de faveur. La partition a été retrouvée 40 ans après sa mort. On y lisait le mot "Für", "pour". Et puis les lettres "s" et "e". Mais pourquoi Elise et pas Maryse, ou Thérèse ? Parce qu’il y avait une Thérèse dans la vie de Ludwig, une jeune femme qu’il aimait et qu’il voulait même épouser. Mais qui ne voulait pas de lui et dont le papa a refusé la demande pour cause de "l’inutilité d’une telle union".

Beethoven n’était pas très heureux en amour. C’est vrai qu’il n’était pas non plus facile à vivre ; l’histoire raconte mille petites anecdotes où il explose en colères formidables et où il éclate en crises d’ego assez folles. Et cette Elise, on est toujours en train de se demander qui c’est.

C’est là qu’Anne Sylvestre propose sa vision des choses. La chanteuse a longtemps vécu dans un immeuble où l’acoustique n’était pas très performante. On pouvait entendre ses voisins crier, chanter, ou jouer du piano, de la clarinette… La Lettre à Elise devient alors une lettre… ouverte.

Le jour de sa rencontre avec Jacques Canetti, producteur chez Philips, il lui a dit "vous faites de bonnes chansons, mais vous ne serez jamais une interprète." C’est ce qu’on verra !, lui a répondu Anne Sylvestre. Eh bien on a vu. On entend.

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