Telle est la question !

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Qu’est-ce que l’harmonie en musique ?

Pour les musiciens, il est un terme habituel, quotidien, devenu banal. Pourtant, l’harmonie peut prêter à confusion, un flou entoure ce mot dans les programmes de concerts ou parfois dans les discussions spontanées. Mais qu’est-ce donc que l’harmonie ? Telle est la question à laquelle s’attelle Clément Holvoet.

Un agencement des notes jouées ou chantées ensemble au même moment

Partons de la définition brute du dictionnaire, pour le moins lapidaire : "Sons assemblés". C’est exact, en effet, mais ce n’est pas suffisant. Quand on parle d’harmonie, en musique, on parle nécessairement de plusieurs sons. On pourrait donc la mettre en regard avec la mélodie qui est par définition des sons consécutifs, qui se suivent, sur un plan horizontal, comme une phrase que l’on énoncerait.

L’harmonie, ce sont les sons lus, au contraire, de manière verticale, la somme de plusieurs voix, ou de plusieurs instruments qui jouent ensemble au même moment des sons différents, des notes différentes.

L’harmonie n’est pas à confondre avec l’harmonique : les harmoniques d’un son, c’est de la physique, ce sont les ondes. Ce qu’on appelle harmoniques, ce sont les sons périphériques d’un son fondamental. Prenez la couleur vert émeraude, il y a un pigment de base, disons le vert, et des pigments additionnels qui lui donnent l’aspect émeraude. Eh bien, c’est un peu le même principe pour les harmoniques, sur un son de base viennent toujours se greffer des sons périphériques, des notes périphériques, que l’on peut discerner plus ou moins consciemment, qui viennent colorer le son de base. Ne confondons donc pas les harmoniques, sons périphériques, et l’harmonie qui est l’agencement des notes jouées ou chantées ensemble au même moment, qu’on appelle accords.

Les notes jouées ensemble créant l’harmonie sont-elles toujours harmonieuses ?

C’est là que le bât blesse ! L’harmonie n’implique pas uniquement des sons consonants. Il existe, en harmonie, des accords dissonants. Mais mis dans un contexte musical, ces accords dissonants ne posent pas de problème car ils ont un rôle dans l’harmonie, dans le chemin de l’harmonie.

Dans le début du concerto pour violon de Britten, on peut entendre une suite d’accords joués par les cordes et ce chemin dont je parlais, cette progression, qui s’articule grâce à l’alternance d’accord qui contiennent des tensions et des accords qui donnent un sentiment de détente ! Eh bien, c’est ça, au fond, l’harmonie ! Chaque accord a une fonction, comme chaque élément d’une phrase a une fonction grammaticale.

L’harmonie est au cœur de la musique classique, car elle n’est que la base de ce que nous ressentons, toutes et tous, en écoutant de la musique, et qui nous fait dire "j’ai eu des frissons, cette couleur musicale me plaît, ou encore… mais qu’est-ce que c’est beau !" L’harmonie est le mot que l’on met sur une partie des sensations provoquées à l’écoute d’un peu de musique, depuis des siècles, et qui articule, colore, et irise le discours musical.

Un autre exemple musical connu de tous, les premières mesures de la Petite Musique de Nuit de Mozart, on a tous ça en tête, c’est l’exemple même de ce jeu de question/réponse, de tension/détente qui est amené par l’harmonie. Le génie de Mozart, ici, est qu’il produit un mouvement ascendant sur l’accord détendu, qu’on appelle la tonique, le ton principal du morceau, comme une question, puis un mouvement descendant, comme une réponse, sur l’accord de tension, qu’on appelle dominante. Ce qui fait que sa réponse reste un peu en suspens, et il s’en amuse !

Ce jeu traverse toute la musique savante, jusqu’à la musique atonale, puis dans la pop, même la chanson française et surtout dans le jazz, où l’harmonie est utilisée jusqu’à ses frontières ultimes.

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