Telle est la question !

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Comment signifier des adieux en musique ? Pour Haydn, avec malice et esprit dans sa symphonie Les Adieux

Dans sa chronique Telle est la question, l’altiste Clément Holvoet se lance le défi de répondre chaque jour à une question musicale, concernant les instruments, le répertoire, les compositeurs… Tout ce que vous avez peut-être toujours voulu savoir sans oser le demander.

Les adieux en musique

Et pour cette première chronique, Clément Holvoet commence par nous faire des adieux… Car la question est la suivante : Comment signifier des adieux en musique ? C’est tout un art ! On pourrait parler Franz Schubert, avec son chant du cygne, le sublime Quintette à deux violoncelles, de Mozart et de son Requiem, laissé inachevé, écrit la dernière année de sa vie ou encore du grand Astor Piazzolla qui compose le poignant Adios Nonino au moment du décès de son père…

Mais pourquoi le grand maître viennois Joseph Haydn a composé la désormais célèbre Symphonie qu’on appelle “Les Adieux” ! Était-ce un point final à sa carrière ? Que du contraire, puisqu’il la compose dans une période très riche et foisonnante de sa vie : nous sommes en 1772, Haydn a tout juste 40 ans. Il travaille pour le prince Esterházy. À l’époque, le job 5 étoiles, c’est de travailler pour la cour et c’est le cas de Joseph Haydn. En cette fameuse année 1772, tout l’orchestre de la cour, Haydn lui-même et le Prince sont en séjour au palais d’été d’Esterházy. Et, sans consulter qui que ce soit, on décide que le séjour est prolongé ! Les musiciens étant depuis très longtemps loin de leur foyer, qui se trouvait à Eisenstadt, la révolte commence à gronder…

Un message "syndical" sous forme de symphonie

Haydn ne se démonte pas et, pour soutenir son orchestre, fait comme tout le monde, trois fois rien : il compose une symphonie ! Rien que ça ! Au cours de cette symphonie, dans le dernier mouvement, Haydn veut faire passer un message au prince : "Les musiciens veulent rentrer au bercail !". Haydn avait le sens de la défense des droits des travailleurs ! Et pour faire passer son message dans ce dernier mouvement, Haydn fait en sorte, dans l’écriture de la partition, que chaque musicien, l’un après l’autre, s’arrête de jouer, souffle la chandelle de son pupitre et s’en aille du podium. Ce qui fait qu’à la toute fin de cet Adagio, il ne reste plus que deux seuls violons munis d’une sourdine, et dès lors quelques notes feutrées à peine perceptibles ! Lors de ce premier concert, ces pupitres étaient tenus par Haydn lui-même au violon et le Konzertmeister de l’orchestre de la cour, M. Luigi Tomasini.

Et il semble que le message soit passé : le prince, après audition de la symphonie, aurait laissé partir ses musiciens – dit-on même dès le lendemain. Le titre actuel de la Symphonie, Les Adieux, évocateur s’il en est, est finalement donné à la symphonie à Paris douze ans plus tard !

Retrouvez la première chronique Telle est la question de Clément Holvoet

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