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Les 100 ans du Maestro, Federico Fellini

Né le 20 janvier 1920, cinéaste démiurge, créateur d’un univers cinématographique abolissant la frontière entre imaginaire et réalité, Federico Fellini est l’auteur d’une œuvre centrée sur le processus créatif et l’observation onirique de la société italienne des années 1950 aux années 1980.

Fascination pour le cirque et la bande dessinée

Fils aîné d’une famille de la petite bourgeoisie, Federico Fellini grandit dans la ville balnéaire de Rimini. Le poids de l’Église, l’ombre du fascisme et une certaine étroitesse provinciale marquent ses jeunes années, mais aussi la rencontre émerveillée avec le monde du cirque et des bandes dessinées. Parti pour Rome en 1939, il écrit des sketches pour Aldo Fabrizi, comique populaire et futur réalisateur, dessine pour un magazine satirique et rencontre Giulietta Masina, sa femme et sa muse. En 1944, il vend des caricatures aux soldats alliés. Ce type de dessin est à l’origine du personnage fellinien, au physique expressif et aux formes épanouies.

Débuts au cinéma

Fellini débute au cinéma comme scénariste et assistant réalisateur de Roberto Rossellini sur Rome ville ouverte (1945) et Païsa (1946). L’expérience du néo-réalisme italien amorce sa réflexion sur la représentation de la réalité. Il signe en 1950 avec Alberto Lattuada son premier film, "Les Feux du music-hall".

Dans son premier film solo, Le Sheik blanc (1951), Fellini ébauche sa poétique, avec la figure de l’ingénue qui enchante le monde. Ce film marque le début de fidèles collaborations, en particulier avec le compositeur Nino Rota qui devient son musicien attitré.

En 1953, dans Les Vitelloni, Fellini évoque sa ville natale à travers le portrait de cinq jeunes oisifs englués dans la médiocrité provinciale. La trilogie formée par La Strada (1954), Il Bidone (1955) et Les Nuits de Cabiria (1956) met au premier plan son épouse Giulietta Masina, sa grande inspiratrice, et interroge la crise morale d’une société fondée sur les valeurs matérielles. La Gelsomina de La Strada est un personnage lunaire dont l’innocence et la bonté ébranlent la cruauté du monde. Il Bidone, avec ses trois misérables escrocs, est une réflexion sur la tromperie et la peur de l’avenir. Quant aux Nuits de Cabiria, il met en scène une petite prostituée romaine en mal d’amour dupée par les hommes, mais qui continue à porter un regard émerveillé sur la vie. La construction narrative fragmentée de ce film, qui sera une des signatures stylistiques de Fellini, trouve avec La Dolce vita sa pleine expression. Palme d’or au Festival de Cannes en 1960, le film marque un tournant dans la construction du baroque fellinien : mêlant le réel et l’imaginaire, il consomme la rupture avec le néoréalisme pour explorer un état d’âme intérieur, à travers les pérégrinations mondaines d’un jeune journaliste chroniqueur dans un journal à sensation, Marcello Mastroianni, le double par excellence de Fellini.

Huit et demi (1962) propose une réflexion sur la création artistique, à travers l’expérience d’un cinéaste en mal d’inspiration qui fait de ses angoisses le matériau de son œuvre. Juliette des esprits (1964) est le portrait d’une bourgeoise italienne délaissée par son mari, et qui étouffe sous le carcan familial. Sorte de rêve éveillé, le film est un voyage introspectif dans l’enfance et la mythologie familiale. Après Et vogue le navire (1982) relatant le naufrage d’un monde artistique raffiné et décadent face à la brutalité de la politique, il dénonce avec Ginger et Fred (1985) la "berlusconisation" de l’Italie. Le cinéaste rencontre désormais des difficultés pour monter ses projets. Intervista (1987), est une œuvre mélancolique sur la destruction du cinéma par la télévision. Fellini réalise en 1989 son dernier film, La Voce della luna, à Cineccittà, dans les studios qui lui sont si chers. Il revient à son personnage originaire, le candide, le " lunatique " au sens ancien du terme, personnage un peu fou, incarné par Roberto Benigni, vagabond qui communique avec la Lune et part dans une errance qui le conduira à faire d’étranges rencontres. Sept mois après avoir reçu un Oscar d’honneur à Hollywood, Fellini succombe à une attaque cérébrale. Giulietta Masina meurt l’année suivante, en 1994.

Texte tiré de cinéma encyclopédie.

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