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Philippe Sireuil : "Le confinement était un entracte long, trop long, dont il fallait profiter pour réfléchir à la question du temps qui passe"

Philippe Sireuil, directeur du Théâtre des Martyrs
Philippe Sireuil, directeur du Théâtre des Martyrs - © © Lorenzo Chiandotto

Forêt de Soignes. Cadre idyllique pour une balade socratique avec Philippe Sireuil, où la pensée et la réflexion émergent dans un lieu de sérénité et dans le mouvement du corps, de la marche. Le directeur du Théâtre des Martyrs nous livre un témoignage fort et sans détour sur la période troublée que les artistes traversent, sans naïveté aucune, et d’une lucidité déconcertante.

"L’Étang des enfants noyés, j’y viens régulièrement depuis de nombreuses années", confie Philippe Sireuil. "C’est enclavé dans la ville, c’est le début de la Forêt de Soignes ; qui est devenue, aux dires de celles et ceux qui entretiennent cette forêt, un lieu extraordinairement fréquenté depuis la pandémie, mais qui garde, encore tôt le matin, le charme d’un lieu déserté. Moi, je viens y promener mon chien."

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Philippe Sireuil, metteur en scène, dirige le théâtre des martyrs. Il nous explique que la pensée vient dans des moments particuliers, et sans doute pas devant un bureau ou un écran. Au contraire, l’inspiration pourrait venir, selon lui, dans une promenade, mais également au volant d’une voiture, sous la douche. "Les pensées adviennent à un moment où on n’y pense pas justement. Ici en forêt, c’est moins les pensées qu’une forme de sérénité, de mélancolie." Cette forêt, l’homme de théâtre l’a beaucoup fréquentée, puisque c’est un des premiers lieux qu’il a découvert en arrivant en Belgique à l’âge de 15-16 ans. "J’aime bien venir ici", nous confie-il sans ambages.

Le confinement? Un entracte pour Philippe Sireuil

"Cette pandémie, cette claustration obligatoire, il fallait l’accepter de manière un peu stoïque. Pour ma part, je me suis tu, je me suis dit que c’était un moment qu’il fallait accepter, qu’il n’y avait pas à s’agiter ni à chercher à remplir le silence qui s’était instauré ni le vide qui nous étreignait. C’était une façon - forcée et contrainte bien entendu - d’avoir un autre rapport au temps, à la certitude. Il y a eu, à un moment, une floraison d’initiatives dont je ne condamne pas l’intérêt mais qui m’ont laissé quelque peu pantois : les artistes musiciens nous invitant dans leur cuisine, les acteurs lisant des textes – bénévolement qui plus est – au téléphone, les théâtres qui programmaient des rendez-vous virtuels, ... C’est très bien, il n’y a pas de condamnation dans ma bouche vis-à-vis de ces initiatives. Mais comme je l’ai écrit, pour moi, c’était un entracte. Un entracte long, trop long, inopiné, qui nous a été imposé et dont il fallait profiter pour réfléchir à la question du temps qui passe, aux obligations qu’on se crée, aux projets qu’on construit trop tôt, trop en avance. Je pense que pour beaucoup d’entre nous, cette pandémie nous replace dans notre condition de mortels, de finitude."

 

Ecoutez la suite de cette balade en forêt avec Philippe Sireuil

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