Paroles d'artistes

Plus d'infos

Peggy Thomas, metteure en scène : "L'idée qu'on fait un métier qui reposerait sur la joie me plaît"

Qu’ils soient musiciens, chanteurs, comédiens, plasticiens ou acteurs, la plupart des artistes ont été privés de la scène et du public depuis le début de la crise sanitaire… Cet été, ils retrouvent la parole sur Musiq3 dans un espace créatif réinventé. Chaque mercredi, Vanessa Fantinel propose à des artistes de parler de leur travail en partant d'une citation. Place à Peggy Thomas, metteure en scène et directrice du Théâtre de la vie. 

Peggy Thomas évoque avec nous l'importance du travail du corps dans son approche de la mise en scène, l'accent mis sur la notion de collectivité comme valeur artistique et les difficultés du métier, contrebalancées par cette même joie, suscitée chez les acteurs et ressentie par elle-même à travers l'ouvrage de les mettre en mouvement au service d'un projet commun. 

Le moteur de l'acteur, c'est la joie.

Vsevolod Meyerhold

 

Peggy Thomas nous explique pourquoi cette citation lui parle, en tant qu'actrice.

"Quand j'ai commencé le métier d'actrice, il était beaucoup question de Constantin Stanislavski et d'une certaine façon d'aborder le métier d'acteur par le biais de la mémoire affective. À cette époque, j'ai eu la chance de découvrir l'oeuvre de Meyerhold, qui était un disciple de Stanislavski. Meyerhold a pensé la philosophie de l'acteur de façon tout à fait différente. Plutôt que d'aller chercher la vérité de l'acteur à l'intérieur des émotions et des sentiments, Meyerhold travaillait plutôt sur le corps. Il invitait les acteurs qu'il formait à pousser le geste et le corps de façon quasi chorégraphique, pour inspirer au spectateur de l'émotion, de la joie, de la tristesse, de la peur,... Il ne demandait en aucun cas aux acteurs d'aller puiser dans leur réserve émotionnelle. 

Meyerhold a aussi beaucoup travaillé sur les impressions que les spectateurs peuvent recevoir, au-delà d'un discours et d'une forme de réalisme, en créant des impressions et des sensations. Aujourd'hui, on parle beaucoup de la recherche kinesthésique par la pédagogie de la biomécanique, que Meyerhold a inventée : l'idée est d'aller chercher le spectateur dans son corps et pas uniquement par sa pensée. A cette époque, cela correspondait à une révolution artistique car on ouvrait les frontières de l'art, on ne le cantonnait plus à quelque chose d'intellectuel. Sans sa pratique, Meyerhold allait jouer dans les usines pour les ouvriers, il a soutenu le mouvement prolétaire. Mais comme beaucoup d'artistes de son époque, il a malheureusement fini au goulag.

L'idée qu'on fait un métier qui reposerait sur la joie me plaît. La mise au travail de l'acteur et de tout artiste de la scène gagne à aller chercher dans des émotions positives. Je crois que ce métier est un métier difficile par ses aspects concurrentiels et financiers. Tout cela fait qu'on peut assez vite se laisser happer par une forme de désespoir, quoi que peut-être pas, mais ça n'est pas un métier simple. Et le fait d'aller puiser de la joie en soi pour exercer ce métier, c'est quelque chose qui m'accompagne quotidiennement."

La suite de l'interview de Peggy Thomas par Vanessa Fantinel dans "Paroles d'artistes"

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK