Paroles d'artistes

Plus d'infos

Marie Avril raconte l'étreinte, à travers un tango qu'elle danse sur les mots d'Eddy de Pretto

La comédienne et danseuse Marie Avril participe à la capsule Paroles d'Artistes lancée par l'émission KiosK et Musiq3. Pendant le confinement, nous avons été privés de la possibilité d'étreindre notre famille, nos amis. C'est cette étreinte que Marie Avril a eu envie de nous raconter, à travers les mots d'Eddy de Pretto et à travers les gestes, par le tango. 

Depuis le début du confinement, j’ai dû mettre mon corps et ma voix au chômage technique. Plus de scènes pour s’exprimer, plus de public surtout, ou en tout cas plus en chair et en os, et la réorganisation du temps qui passe a pris le dessus. Alors j’ai profité de cette parenthèse pleine d’incertitudes pour me poser et réfléchir. Réfléchir sur mes nécessités de femme bien sûr, mais aussi sur mes nécessités de comédienne. L’appel à projets "Place aux artistes", m’a permis de mettre mes envies sur le papier et d’en faire une proposition artistique. Très vite, comme une évidence, j’ai eu envie de raconter l’étreinte. Celle qui nous manque à tous… Prendre quelqu’un de cher dans ses bras… Combien de fois ai-je entendu les difficultés de mes amis qui me disaient : "ma mère est en maison de soins et je ne peux pas la prendre dans mes bras", ou "je ne peux pas serrer un ami qui a besoin de mon réconfort".

J’ai donc très rapidement construit cette proposition autour du tango argentin, danse que je pratique depuis quelques années, et qui illustre à merveille cette étreinte (abrazo). Le tango est une danse redevenue très à la mode un peu partout dans le monde, un ciment social extraordinaire, ce qui explique (en partie) son succès actuel et je trouvais la symbolique très forte dans notre contexte de confinement. J’avais envie de rendre hommage au tango, car son essence même est dans l’étreinte et comme toutes les danses sociales, il est impossible de la pratiquer pour le moment, alors qu’elle permet à tant de gens de se rencontrer, de se toucher, de s’aimer.

Je me promenais seule dans les rues de Bruxelles, lorsque j’ai entendu dans mon casque et totalement par hasard, la "lettre d’intérieur" de Eddy de Pretto en hommage à sa voix, confiée à France Inter. J’ai d’abord cru à une déclaration d’amour passionnée, le ton m’a plu et d’une certaine manière ses mots auraient pu être les miens. Je m’y suis reconnue, lorsqu’il évoque sa voix au repos et l’impossibilité de la faire chanter, mais aussi lorsqu’il exprime la solitude de l’artiste face à son miroir. J’ai toute de suite eu envie de danser ce texte. Cet hommage à ma voix, comme celui rendu à mon corps au repos, est aussi une manière d’interpeller sur la nécessité de la prise de parole, que l’on soit artiste ou non. Mais aussi pour parler de nos métiers, qui, sans les autres n’existent pas. Sans le contact, sans le public, nous sommes enfermés et contraints à la solitude. La musique que j’ai choisi est un tango à 3 temps d'Osvaldo Pugliese, pour évoquer un tourbillon, un emballement dans une alternance d’envolées et de douceur. Et pour finir, j’ai choisi de tourner ma maquette dans un parc. C’est un endroit qui nous a permis de souffler pendant le confinement, et qui nous a permis de nous retrouver pendant le déconfinement, un lieu social de nature dans la ville.

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK