Paroles d'artistes

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Laura Fautré déclame "Quand les oiseaux ne chantent plus" de Thomas Depryck

La comédienne Laura Fautré participe à la capsule Paroles d’Artistes lancée par l’émission KiosK et Musiq3. Elle déclame un texte de l’auteur belge Thomas Depryck, Quand les oiseaux ne chantent plus, et nous plonge dans le confinement mental d’une jeune femme… Un écho au confinement que nous avons tous vécu pendant deux mois.

Voici les mots de Laura Fautré :

J’ai été touchée par de nombreux textes et auteurs durant ce confinement. Guy Debord, Henry Michaux, Sophie Calle, Miguel Benasayag, Sophie Vandryes et bien d’autres. Avec une nostalgie incongrue, je suis retombée sur des extraits de pièces que j’avais joués, mais aussi sur certains qui n’ont jamais abouti. Mais c’est sur un magnifique texte de Thomas Depryck que je me suis arrêtée. Auteur belge membre de la SACD, il écrit de manière engagée et poétique. J’ai eu la chance de travailler avec lui il y a deux ans. Son texte m’a complètement chamboulé. "Quand les oiseaux ne chantent plus", écrit à la demande d’une metteuse en scène (Sarah Sleiman), est un texte que j’ai eu la joie d’interpréter, pendant 3 jours seulement, lors du festival au Carré à Mons en 2018. Cette histoire d’enfermement a directement fait écho à cette ambiance pesante. Une impression que tout est en train de tomber en ruine. Et paradoxalement une envie plus forte de se relever et de rebondir, une envie de réécrire certaines choses, de reformuler certains besoins. Dans la pièce une jeune femme s’enferme chez elle, jusqu’à vivre un enfermement mental et sanitaire. Elle désinfecte tout et tout le temps. Elle ne vit plus que sur 4 mètres carrés. Confinée dans son confinement. Ses propres murs lui font peur. Elle régurgite le réel au fil d’une pensée décousue, émotionnelle et parfois ambiguë. Pourtant, au fils du discours, elle lâche prise et retrouve la grâce. Ce texte donne un espoir qui se cache au fond de chacun de nous et questionne un mal-être que nous avons pu tous ressentir pendant cette période de confinement. Moi, assise sur mon tapis à remuer dans les textes pour oublier le réel, je me suis parfois vue, comme elle, apeurée par les nouveaux murs que sont nos écrans. Il reflète à la fois la solitude que nous avons, certains plus que d’autres, pu vivre pendant ce temps hors du commun. Nous avons été contraints d’occuper nos journées en essayant de les réinventer à chaque instant, de les renouveler, malgré leurs ressemblances pénibles… Luttant contre l’ennui, avec ou sans enfants, seuls ou à plusieurs. Isolé quoiqu’il arrive, face au monde et face aux autres. Nous essayons, tant bien que mal, de suivre les règles, tout en sentant que quelque chose nous échappe, que nous devons nous faire entendre, sans savoir comment. Et en ce moment, on se sent berné et dupé. Certains crient à l’aide, mais les réponses restent floues et la sincérité a disparu. Maintenant nous avons envie de danser, de rêver, d’agir, de cohabiter tous ensemble, de croire que tout est encore possible. Il va falloir aller chercher l’autre. Entre mouvement et désespoir, appeler à la danse. J’ai profondément envie de changement, de renouveau, de rééquilibre, et je pense ne pas être la seule. Je crois au pouvoir des mots et de la musique, de l’art. Aux artistes de se connecter à l’acteur de vie qui sommeille en chaque citoyen du monde. Mon désir est de lire ces mots à voix haute et au plus grand nombre. Je crois que le besoin du monde est de les écouter sinon de les entendre.

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