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Karol Beffa : "Si j’avais un portrait de Bach dans mon bureau, ce serait tellement intimidant que je serais incapable d’écrire la moindre note"

J’ai rencontré le compositeur Karol Beffa chez lui, en plein cœur de Paris. J’ai sonné, il a dévalé trois étages d’escalier et d’un pas rapide, très rapide, on a rejoint les arènes de Lutèce, petit amphithéâtre gallo-romain, pour nous poser sur ces pierres vénérables. Et d’un coup, le pas vif, alerte, parisien de Karol Beffa s’est transformé en pensée. Posée, dense. Et ce nouveau tempo nous a permis d’aller chercher quelques mots, une parole d’artiste, une simple confidence sur ce lieu, cet endroit essentiel sans lequel son art ne serait pas le même…

Karol Beffa, c’est un compositeur français, mais aussi un pianiste improvisateur, auteur de nombreux livres, enseignant (à l’Ecole Normale Supérieure). Diplômé en mathématique, en philosophie, il a tenu la Chaire de Musique du Collège de France et il a remporté une Victoire de la musique classique en 2018.

Mais cette chronique est surtout l’occasion de découvrir sa musique, une musique aux couleurs ravéliennes, à la force reichienne, nourrie de clouds ligetiens.

Et puis d’écouter le compositeur parler, parler de son lieu, de son bureau à l’Ecole Normale supérieure, un bureau sans fards, sobre, sans décoration. Pour Karol Beffa, c’est l’endroit qui permet d’entrer en soi pour y trouver sa musique, et ce bureau, au cœur d’une école, est aussi celui qui permet de conjurer l’angoisse de la page blanche. Paradoxalement, l’intrusion potentielle de collègues ou d’étudiants rassure le compositeur, et lui permet presque a contrario de se retrouver sereinement avec lui-même.

"Le seul fait de pouvoir comme un escargot rentrer dans sa coquille et essayer de trouver en moi-même les ressources est plus proche de cette vérité intime, personnelle intérieure qu’il faut essayer de trouver quand on se prête à un travail de création et qui est toujours bienvenu."

Quant à l’inspiration, elle peut venir à chaque instant, de manière parfois surprenante : au concert par exemple, lorsque l’esprit vagabonde, que l’on quitte la musique se faisant, et que l’on découvre en soi une nouvelle musique, la sienne, sans lien avec celle qui est jouée dans l’instant. Ou dans le métro, où le compositeur se crée une bulle, une bulle qui imagine la musique, mais que la musique peut faire éclater : il suffit d’un stimulus musical extérieur pour l’en sortir.

Les idées, elles viennent à peu près à n’importe quel moment

Ou comment trouver la sérénité d’un processus fragile, le processus de composition d’un homme au cœur d’une ville grouillante et sonore.

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