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La Petite Sirène, un conte à déclinaisons multiples

Si la Petite Sirène est devenue une héroïne Disney incontournable, c’est dans un conte d’Andersen qu’elle est née, en 1837. Magnifique source d’inspiration pour de nombreux auteurs, elle a également donné son nom à une partition du compositeur autrichien Alexander von Zemlinsky.

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© Disney

La Petite Sirène, c’est l’histoire d’un amour impossible, d’un renoncement et d’un sacrifice. L’histoire d’une héroïne profondément romantique.

Dans le conte de l’auteur danois, elle est la plus jeune des filles du Roi de la Mer. C’est aussi la plus jolie d’entre elles. Elle aime plus que tout entendre parler du monde des humains. Elle voudrait prendre leur apparence et avoir comme eux une vie courte et une âme éternelle.

Le jour de ses 15 ans, comme ses cinq sœurs avant elle, elle reçoit l’autorisation de nager jusqu’à la surface pour observer ce monde dont elle rêve tant. Ce soir-là, elle émerge dans une eau calme… Seul un navire flotte au loin. Elle nage jusqu’au trois-mâts et découvre un jeune prince à travers un hublot. C’est son seizième anniversaire, et une grande fête est organisée en son honneur. Mais bientôt le vent se lève, la tempête fait rage, le bateau coule et la Sirène parvient de justesse à ramener le prince sur le rivage.

Lorsqu’il reprend connaissance, c’est une autre jeune femme qui est penchée sur lui, et il en tombe instantanément amoureux…

Mais si la Petite Sirène veut avoir une vie et une apparence humaine, le Sorcière lui dit qu’elle doit impérativement se marier avec un humain. Elle échouera à se faire aimer du prince, qui choisira la jeune femme dont il pense qu’elle l’a sauvé… entraînant ainsi la mort de la Sirène qui rejoint les "Filles de l’air".

"La petite sirène, c’est moi"

La formule, empruntée à Flaubert, aurait pu naître dans la bouche d’Andersen et plus tard, de Zemlinsky.

Andersen était amoureux du fils de son bienfaiteur, Edvard Collin. En 1835, il lui a écrit ceci :

Je me languis de toi comme d’une belle fille de Calabre. Mes sentiments pour toi sont ceux d’une femme. Mais la féminité de ma nature et notre amour doivent demeurer un secret.

Edvard Collin était le fils de Jonas Collin, membre du comité directeur du Théâtre Royal et bienfaiteur d’Andersen. Il s’est exprimé à ce sujet dans ses propres Mémoires, qui sont parues après la mort d’Andersen. Bien conscient d’avoir pu blesser l’auteur, il y a dit ceci : "Je me trouvais dans l’impossibilité de répondre à cet amour, et cela a fait beaucoup souffrir Andersen."

Diverses interprétations circulent sur la symbolique du conte ; le changement d’apparence, de nature même, le fait de perdre ses attributs pour devenir objet de désir… sans nous y attarder ici, intéressons-nous à La Petite Sirène de Zemlinsky.

La Petite Sirène de Zemlinsky

Elle est un peu plus tardive, écrite aux premières heures du XXe siècle, entre 1902 et 1903.

C’est une période particulièrement douloureuse pour le compositeur.

Deux ans plus tôt, il s’est follement épris de la jeune peintre et musicienne Alma Schindler. Ils se sont rencontrés au moment où son opéra Il était une fois, tiré d’un conte d’Andersen (encore lui), était à l’affiche de l’opéra de la cour de Vienne. Alma trouvait Zemlinsky vilain mais elle était néanmoins attirée par le compositeur et a demandé à devenir son élève. Naît alors entre eux une relation passionnée. Mais la belle Alma rencontre Mahler un an plus tard ; et c’est en lisant la presse que Zemlinsky est informé de leurs fiançailles. Il est fou de douleur. Il parvient néanmoins à sublimer son chagrin en s’identifiant à la sirène d’Andersen repoussée par le prince. Puisqu’Alma et lui se sont rencontrés sous le signe d’Andersen, il exorcisera son chagrin avec une autre histoire du célèbre auteur danois. Comme dans le conte, Zemlinsky évoque le royaume du Roi de la mer, la tempête et la chute du Prince dans l’eau au cours d’une traversée ; son sauvetage par la Petite Sirène, la transformation de la Sirène en femme par la Sorcière, l’absence d’amour du prince qui se marie avec une autre, et enfin, la mort de la Sirène.

Zemlinsky avait encore 40 années à vivre, et le souvenir d’Alma le hantera longtemps…

Une histoire et une partition à redécouvrir

La pièce de Zemlinsky est rarement proposée au jeune public ; le compositeur s’inspire des ambiances, des émotions du conte ; il se réfère à l’histoire mais sans suivre aucun fil narratif.

Plus accessible pour les enfants, le conte d’Andersen existe en de multiples versions. Il a notamment été enregistré par Nathalie Dessay avec l’ensemble Agora. La musique qui accompagne l’histoire est celle de Peer Gynt d’Edvard Grieg.

Une histoire parue – une fois encore – chez ce formidable éditeur qu’est Didier Jeunesse.