Nos Héros

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"Amer" de Vinciane Moeschler, une fiction sonore qui s’inspire de l’Apprenti sorcier de Paul Dukas

Dans le cadre du Festival Musiq3, qui a cette année pour thématique les "héros", le département Fictions de la RTBF et Musiq3 vous proposent cinq histoires de fiction sur le thème "Nos héros". Parmi les cinq auteurs, Vinciane Moeschler, journaliste et auteure de documentaires radiophoniques (RTBF, France Culture). Elle a publié quatre romans, dont un sur le destin d’Annemarie Schwarzenbach. Depuis plus de dix ans, elle anime des ateliers d’écriture en psychiatrie. Son roman "Trois incendies" a gagné le prix Rossel 2019.

Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n’est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre. Mais eux, du moins, courent jusqu’au bout de leur destin.

L’homme révolté - Albert Camus

Héroïne ordinaire

Nora n’a pas droit à la mer. Elle vit du côté des bombes.

Pour survivre dans la guerre, il faut avoir des désirs et donc des rêves. Aussi petits et ridicules, soient-ils. Comme celui de souhaiter voir les dauphins. Pour cela, il lui faut passer des check-points, des frontières, des militaires. Chaque jour elle tente le défi. Elle ne renonce jamais, elle n’a rien à perdre. Pourquoi ? Peut-être parce que son avenir lui semble triste, trop rétrécis… Nora fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a : sa force, son obstination, son courage, avec sa solitude et sa naïveté. Héroïne ordinaire qui n’a de grandeur que ses rêves.

Elle décide de se sacrifier après avoir compris que l’appareil photo abritait une bombe.

Seule, elle ira jusqu’au bout de son destin.

Goethe, Dukas et Fantasia

La ballade de Goethe, dont s’inspire Dukas, conte l’aventure d’un jeune sorcier dépassé par la magie qu’il utilise. En ensorcelant son balai, il lui confie la corvée de remplir le bassin d’eau. Tout d’abord fort satisfait que son tour fonctionne, il se retrouve ensuite impuissant car il ne connaît pas la formule permettant d’arrêter le balai. Pris de terreur et de colère face à l’inondation qui s’annonce, il saisit une hache et frappe violemment le balai qui se rompt en deux morceaux. Mais chacun des deux morceaux se relève et reprend inlassablement le remplissage du bassin. Les eaux submergent l’atelier jusqu’au retour du maître qui met fin au sortilège.

Le thème musical de Paul Dukas, qui joue avec la variation du thème, m’a inspiré ces allers retours vers la frontière. Nora est fière lorsqu’elle atteint la mer. Mer rêvée, mer fantasmée. La baguette magique de la petite sorcière a fonctionné. Mais lorsqu’il lui faut prendre un bateau pour aller à la rencontre des dauphins, les eaux se déchaînent, la tempête éclate. Elle est rattrapée par son manque d’expérience. Elle tombe dans l’eau au moment où le tragique de la musique, (les trompettes qui sonnent, le basson qui s’anime dans un rythme lancinant) suggère ce destin qui échappe à son contrôle. Elle lutte pour ne pas couler. L’orchestre tout entier commente l’action et traduit par les violons, la panique de l’héroïne incapable d’arrêter la marche infernale du destin.

Puis, le moment d’accalmie musicale souligne l’apaisement de la jeune fille qui flotte dans l’eau saline qui la porte. Le dauphin veille. Son rêve est à portée de main.

Ce n’est que lorsque la fugue simple se transforme en double fugue qui se chevauche dans un tumulte délirant, que ce tourbillon sonore enivrant, annonce la fin proche de notre héroïne : la bombe. Puis, le fortissimo final indique un retour au calme : la barque est sauvée. C’est la conclusion où reviennent les éléments de l’introduction avec la voix du narrateur masculin.

Un an avant la publication de Faust, ce poème traduit la morale de son auteur, "faite d’acceptation des limites et de mise en garde contre le déchaînement du démoniaque." 

Un podcast à écouter ci-dessous

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