Murmures du monde

Tous les samedis de 18:02 à 19:00 sur Musiq3

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Les musiques du monde, celles qui aident ceux qui les écoutent à se situer dans le monde

Murmures du monde, une émission dédiée aux musiques du monde, qui est là pour titiller vos oreilles vers des sons venus d’ailleurs, parfois purs, souvent mélangés, de tradition ou issus du plaisir de mixer.

Retrouvez toutes les émissions de la précédente saison de Murmures du monde.

Mais comment définir les musiques du Monde ?

François Bensignor, qui a dirigé la rédaction du Guide des Musiques du monde édité chez Larousse introduisait ce dernier avec ce questionnement : Comment définir les musiques du monde ?

"Les musiques du monde ne sont ni classiques, ni baroques, pas plus que jazz, rock, R'n'B ou hip-hop et ne relèvent d’aucune nomenclature académique créée par la musicologie occidentale. Dire ce qu’elles ne sont pas est pratique et les tenir à distance permet de ne pas avoir à définir ce qu’elles sont. Elles proviennent “du monde”, “d’ailleurs” , une extériorité aux contours imprécis. Elles ne sont "pas de chez nous", quoi que…"

Musiques du monde est donc un terme fourre-tout ! Qui a pourtant des avantages. Autant, si pas plus, que d’inconvénients. Ce n’est pas compliqué, musiques du monde permet, comme l’ont voulu certains initiateurs de l’expression, de couvrir toutes les musiques qui ne rentrent pas dans les catégories habituelles du monde occidental…

80% des habitants de la planète écoutent des musiques de leurs crus, c’est-à-dire des musiques du monde. Depuis plusieurs décennies ces musiques du monde ont voyagé gagnant les faveurs de publics exogènes. Marquées au sceau de la mondialisation, issues de la ruralité ou de l’urbanité, elles conjuguent au temps présent les héritages du passé et les promesses de l’avenir. Ces musiques à travers le temps et l’espace se sont créolisées créant de nouveaux langages porteurs de sens, à l’instar du jazz, du reggae, du tango, du rébétiko notamment. Elles sont sources musicales où puisent les créateurs contemporains.

Qu’elles soient "savantes" ou populaires, ethniques ou métissées, sacrées ou profanes, de transmission orale ou écrite, interprétées par des musiciens professionnels ou amateurs, elles aident ceux qui les écoutent à se situer dans le monde. À ce titre, elles contribuent à donner sens à la citoyenneté planétaire et jouent un rôle éminent dans la compréhension de l’Autre. (Préambule de la Charte des Musiques du Monde.)

Un peu d’histoire

Chaque migration, chaque rencontre, chaque mélange a été pour la musique une source de création puissante. Au cours de l’histoire récente, les derniers courants musicaux sont essentiellement issus d’un métissage.

Au XVe siècle, les nomades qui transportent avec eux, depuis l’Inde, une très forte tradition musicale, deviennent les musiciens traditionnels de l’Europe centrale. Leur rencontre avec la musique populaire hongroise donnera naissance au genre tzigane.

Au même rang, nous avons le flamenco issu d’un jeu d’influences entre traditions gitanes et musique populaire andalouse.

L’histoire de l’Afrique est aussi au cœur de la création d’un nombre phénoménal de rythmes et de courants musicaux d’aujourd’hui.
Pendant près de quatre siècles de traite négrière, des Africains ont été transportés vers le Nouveau Monde, où l’on a vu une mixité musicale s’opérer au fil des décennies en Louisiane, à Cuba, au Brésil, en Colombie…

Au cours du XXe siècle, la façade de l’Afrique atlantique se transforme en un véritable laboratoire d’expérimentations musicales.
Dans ses villes et ses ports, le continent africain bruisse d’une agitation nouvelle alors que l’électricité commence sa timide apparition. À la faveur de transports maritimes en plein essor, les 78 tours ramenés par les marins sud-américains, en particulier cubains, mais aussi par les armées d’occupation ou les colons européens, influencent durablement une nouvelle orientation musicale le long des côtes africaines. Les fleuves, à commencer par le puissant Congo, offrent aussi de nouvelles voies de pénétrations culturelles.

L’impact de la musique cubaine, une des premières musiques non occidentales à avoir été diffusée dans le monde entier sur disque, est essentiel dans l’émergence des musiques populaires africaines. En raison de l’exode des esclaves africains vers les Caraïbes et les Amériques, les liens unissant la population et la culture afro-cubaine et les pays de la façade atlantique africaine sont réels.

Par le biais du jazz, du rock et du classique

Par le biais du jazz, beaucoup ont découvert qu’il existait une musique dynamique et intéressante en dehors de l’Europe et des Etats-Unis. Miles Davis et John Coltrane racontaient en effet que Ravi Shankar leur avait inspiré la forme particulière d’improvisation modale qu’ils reprenaient dans leur album légendaire Kind of Blue de 1959.

Le sitariste indien Ravi Shankar, avec lequel le violoniste Yehudi Menuhin enregistre le fameux album West Meets East, paru en janvier 1967. A 50 ans, le virtuose du violon est alors le premier musicien classique à jouer avec un artiste venu de ces autres horizons qu’on ne nomme pas encore "musiques du monde".

Les musiciens de rock ont eux aussi largement contribué à la percée de la world music. Ainsi, après avoir découvert les maîtres musiciens de Jajouka au cours d’un voyage au Maroc, Brian Jones enregistre un disque avec eux.

En 1968 le guitariste, alors fraîchement congédié des Rolling Stones, s’enthousiasme pour cette musique spirituelle et enregistre plus de sept heures de bandes. Malgré le décès, quelques mois plus tard, de la star anglaise, le disque "Brian Jones presents : the pan pipes of Jajouka" sort en 1972 et fait découvrir la magie de cette musique au reste du monde.

La sortie de ce disque marque un tournant dans l’histoire de la musique jajouka… En 1973, le saxophoniste de free-jazz américain Ornette Coleman enregistre plus d’une vingtaine d’heures de musique avec la confrérie. Et de nombreuses collaborations internationales vont suivre.

Dans son côté, Paul Simon part en Afrique du Sud à une époque où le pays était encore sous le coup d’un boycott en raison de sa politique d’apartheid. Il part pour enregistrer dans le plus grand secret Graceland – paru en 1986 – avec plusieurs musiciens noirs relativement peu connus à l’époque. Cette collaboration apporta un nouveau souffle, bien nécessaire, à Paul Simon, tout en procurant aux Africains un public occidental.

Paul Simon prend tout le monde par surprise avec cet album majeur dans l’histoire de la world music : Graceland. Il continuera avec diverses autres expériences dont quelques détours brésiliens.

Quant à Mike Oldfield, il commence par une musique très pop, il l’ouvre rapidement aux tenants du folk revival anglais et irlandais puis il s’en va explorer d’autres pistes mondiales, notamment la Laponie avec la voix du chanteur Nils-Aslak Valkeapää.

Il y a aussi Ry Cooder qui a fait de ses contacts avec les musiciens du monde un projet de vie. Il les utilise parfois pour épicer ses propres projets, comme dans le délicieux Chicken Skin Music de 1976, où il lance notamment le musicien tex-mex Flaco Jiménez à l’accordéon que voici…

Quelquefois, Ry Cooder s’efface pour servir les autres, comme dans Talking Timbuktu du chanteur malien Ali Farka Touré ; et puis dans Meeting by the River du guitariste indien Vishwa Mohan Bhatt ou encore dans Buena Vista Social Club, en 1997, qui a donné une grande notoriété à la musique cubaine traditionnelle.

Une plongée dans les musiques du monde dans l’émission d’Hélène Van Loo