Murmures du monde

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Les musiques du désert, du Gobi du sud de la Mongolie jusqu’au Sahara et au Kalahari

Connaissez-vous les musiques du désert ? Hélène Van Loo vous emmène dans les zones désertiques, qui s’étendent depuis le Gobi du sud de la Mongolie jusqu’au Sahara et au Kalahari, en passant par les étendues désolées du désert de Thar que se partagent l’Inde et le Pakistan, ou ceux de l’Arabie saoudite et du Yemen… Partout dans ces contrées de sable, de cailloux et de poussière, on constate la présence de la voix et des instruments à cordes frottées.

Dans le désert de Thar cohabitent deux castes de poètes tziganes, les Manghaniyars et les Langas.

Les musiciens Langas vivent dans des hameaux dispersés. Leurs chanteurs accompagnent, avec différentes vièles dotées de cordes sympathiques qui enrichissent le timbre de l’instrument, des chants où s’entrecroisent tradition hindoue et musulmane.

Les chants lyriques des musiciens Langas célèbrent aussi bien la beauté des femmes que l’allure du chameau de selle, ainsi que la pluie, vitale dans ces régions, ou encore déplorent l’absence du bien aimé.

Dans ce désert de Thar, les musiciens Langas pratiquent aussi une riche palette d’instrument à vent, comme la double flûte satara, jouée en souffle continu.

Les vièles, de la Mongolie au Yemen, en passant par l’Arabie saoudite

Partons dans la région du désert de Gobi, en Mongolie.

C’est encore un instrument à cordes frottées, la vièle-cheval à deux cordes, appelé le "morin khuur" qui accompagne les chants longs aux lents et riches ornements, à l’image de ces paysages grandioses qui les ont vus naitre.

Le violon à deux cordes appelé morin khuur occupe une place de choix dans la culture nomade mongole. Des sources écrites datant de l’empire mongol des XIIIe et XIVe siècles font état d’instruments à cordes au manche orné d’une tête de cheval. L’importance de ce violon va bien au-delà de sa fonction d’instrument de musique. Il fait partie intégrante des rituels et de la vie quotidienne des nomades mongols.

Le Morin khuur, c’est l’âme du cavalier mongol.

En Arabie saoudite et au Yemen, où s’étend le "désert des déserts", c’est toujours une vièle, cette fois-ci monocorde, qui soutient le chant des aèdes nomades. On l’appelle rabâb al-shâ’ir, la vièle du poète, tant elle est liée à des formes poétiques qui évoquent souvent un passé préislamique.

Ajoutez une seconde corde au Rabāb Ash-Sha’ir ("le violon du poète") et vous obtiendrez le rabāb al-mughannī ("le violon du chanteur"). Ces termes, utilisés en Egypte pour ce luth à archet à 4 faces, ont perdu leur distinction et aujourd’hui le rabāb est le nom en usage. La plupart des luths à archet sont construits comme des violons à pointes avec une tige en bois ou en métal qui pénètre dans le cadre de la caisse de résonance et se termine par une pointe qui repose sur le sol lorsque l’instrument est incliné.

Dans les plaines du Sahara

Au Sahara, la vièle est jouée uniquement par les femmes Touaregs alors que les hommes ont l’apanage de la flûte. Bien entendu, ces sociétés d’éleveurs nomades ne peuvent pas transporter d’instruments encombrants et, ainsi, les tambours sont fabriqués de manière éphémère en tendant une peau sur la cavité d’un ustensile ménager. En se sédentarisant, les Touaregs, ont également introduit dans leurs musiques des guitares électriques, de même que leurs voisins maures.

Dans le désert du Kalahari vivent les Bochimans, une des plus anciennes populations du continent africain. Malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent, notamment avec la spoliation de leurs terres par les entreprises diamantaires, ils ont conservé nombre de pratiques musicales.

De l’autre côté du monde, le Rajasthan

Le Rajasthan, cette immense région semi-désertique à l’ouest de l’inde, évoque à lui seul le style des Maharaja avec ces vastes palais, héritage de la splendeur de ces familles princières. Le Rajasthan est aussi une mosaïque de paysages, des dunes du désert aux collines vertes de forêt, au sommet desquelles sont campées les imposantes forteresses des seigneurs Rajput.

Dans le désert du Thar cohabitent deux castes de poètes tziganes, les Langas et puis les Manghaniyars.

Dispersés dans les villages du désert du Thar, autour de la ville de Jaisalmer, les Manghaniyars, ont leurs chants mélodieux pour invoquer la pluie ou le soleil, louer les divinités et célébrer l’amour. 

Leur art réunit les traditions musicales arabo-persanes et indiennes : ils chantent pour les fêtes traditionnelles, pour les rituels de mariage essentiellement. Ils s’accompagnent de la vièle kamancha, du sarangui ou encore des doubles flûtes satârâ soutenues par une rythmique d’une rare précision avec les kartals (plaquettes de bois tenues dans la main) et avec le dholak (tambour à double membrane).

Aujourd’hui les Manghaniyars, littéralement "ceux qui tendent la main", jouent directement pour les villageois et à leur demande, mais également pour des radios régionales ou pour les touristes dans les hôtels de luxe de Jaisalmer. Certains se produisent même à l’étranger où on les présente souvent – à tort, marketing oblige – comme les "gypsies du Rajasthan".

Ces bouleversements ont provoqué une simplification et une adaptation du répertoire. Les nouveaux publics préfèrent en effet des morceaux plus rythmés et plus courts et les "grands chants" qui racontent les épopées héroïques des Rajput se font plus rares. Les "petits chants" provenant principalement du répertoire féminin, sont quant à eux continuellement modifiés ou interprétés différemment selon les musiciens, les endroits et les époques. Certains instruments également ont plus de succès que d’autres. Ainsi les percussions – plus faciles et plus rapides aussi à l’apprentissage – tel le tambour à double membrane (Dholak) et les castagnettes (Khartal) supplantent progressivement la "sindhi sârangî" de moins en moins jouées de nos jours.

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