Murmures du monde

Tous les samedis de 18:02 à 19:00 sur Musiq3

Plus d'infos

Les berceuses du bout du monde (1/2) : une tradition musicale universelle

Dans son Murmures du monde, Hélène Van Loo a décidé de vous aider à vous endormir avec une sélection de berceuses du monde entier. Installez-vous confortablement dans votre canapé et dans votre lit et laissez-vous bercer.

La Berceuse… Partout dans le monde, c’est un chant, généralement chanté par les femmes…

A découvrir aussi : Les plus belles berceuses Jazz, des notes bleues pour trouver le sommeil

En 1969, l’ethnomusicologue Hugo Zemp tend son micro dans le village de Filinui des Îles Salomon. Il enregistre une certaine Afunakwa interprétant une berceuse à son enfant et par là même l’un des instants les plus difficiles à capter… Voici une "Rorogwela" comme on dit en langue baegu – l’une des langues des Salomon du Sud-Est.

Cette berceuse sur fond de forêt tropicale fera plusieurs fois le tour du monde grâce à sa réutilisation par le groupe français Deep Forest en 1992 dans son titre Sweet Lullaby…

Berceuse qui sera également reprise un peu plus tard par le jazzman Norvégien Jan Garbarek, qui se trompera d’ailleurs en la créditant d’origine pygmée.

Qu’est-ce qu’une berceuse

Mais au fait qu’est-ce qu’une berceuse ? Et pourquoi avons-nous tant besoin d’être bercés ?

Réflexions de l’ethnomusicologue Madeleine Leclerc… On retrouve la berceuse partout : "Dans le monde entier et à toutes les époques. Et elle ne disparaît jamaisLes berceuses sont essentiellement vocales au départ, et utilisent le plus souvent ce qu’on appelle le "mamani", des onomatopées ou des sons qui permettent d’entrer en contact avec les enfants. Il n’y a pas beaucoup d’universaux dans le genre humain : le langage, la musique… La berceuse, c’est la langue mélodisée".

Le chanteur Piers Faccini explique : "Pour chanter une berceuse, il faut aussi se détendre soi-même". On est là sur quelque chose de fondamental, les premières mémoires, le battement du cœur de la mère, les voix à travers le corps : la berceuse est un portail qui ouvre sur ce qu’il y a de plus ancien en nous… La répétition nous fait perdre le début et la fin du cycle, on tourne, on est dans la boucle, souvent ternaire, c’est une forme de transe."

A découvrir aussi : Les plus belles berceuses classiques : une douce ouverture vers de grandes œuvres du répertoire

Piers Faccini qui a notamment sorti en 2017 un livre album poétique intitulé "La plus belle des berceuses".

Partout dans le monde, la berceuse tente d’endormir ou de calmer l’enfant. Le terme anglais lullaby se rencontre souvent dans les discographies, mais on sera par contre surpris par la ressemblance entre les termes désignant la berceuse en un certain nombre de pays. Si en Italie c’est le mot "ninna nanna", comme le titre de Piers Faccini, en Slovénie on verra "nina nana", en Géorgie, ce sera "nana", en Arménie, il s’agira de "ninni", "nennen" en Turquie, "anninnia" en Sardaigne et ainsi de suite…

Si beaucoup de berceuses ont des textes gentils, courts s’adressant directement aux enfants, on rencontre cependant, selon les pays, divers types de contenus étonnants. Au Congo, les textes font parfois allusion aux problèmes domestiques. Chez les Nandes du Nord-Est, certaines berceuses traitent des relations entre la mère, l’enfant et l’esprit qui veille sur les enfants…

En Lettonie, de nombreuses berceuses font référence à une souris et c’est elle qui dans l’imaginaire populaire apporte le sommeil.

Mais ces berceuses lettonnes peuvent aussi jouer un rôle de prière du soir ou de méditation profonde avec des allusions métaphoriques à la mort.

Cap sur le Japon : chez les Ainu il existe diverses formes de berceuses. Elles n’ont pas de paroles fixes, le chanteur ou la chanteuse improvise tout en conservant certaines phrases comme "si tu ne veux pas dormir", sous-entendu "il arrivera quelque chose". Certains de ces chants racontent aussi les exploits de héros dans un style proche de celui de l’épopée Yukar.

Les Itsuki no Komoriuta ("Berceuses d’Itsuki ") désignent les chansons de jeunes nourrices à domicile ayant travaillé dans des familles plus aisées du village d’Itsuki, avant la Seconde Guerre mondiale.

Retrouvez la deuxième partie de cette émission consacrée aux berceuses dans le monde ce samedi 5 juin à 18h.

Une émission à écouter ci-dessous

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK