Murmures du monde

Tous les samedis de 18:02 à 19:00 sur Musiq3

Plus d'infos

Les artistes syriens qui chantent l’amour, la séparation, la liberté et la douleur de l’exil

Le 15 mars 2011, la révolte éclatait dans les rues de Deraa en Syrie. Dix ans plus tard, le pays est ravagé par la violence d’une guerre civile sans précédent. Dans son émission Murmures du monde, Hélène Van Loo nous parle d’artistes syriens, qui chantent l’amour, la séparation, la liberté et la douleur de l’exil…

La Syrie est un pays au passé prestigieux, une terre ancienne d’une riche histoire, qui a toujours été constituée de cultures, d’ethnicités et de religions diverses.

Toute personne civilisée dans le monde a deux patries : son pays d’origine et la Syrie.

Disait l’archéologue français André Parrot.

L’arabe est la langue officielle, mais il existe différents dialectes selon les régions. Le turc, le kurde, l’arménien et l’araméen y sont aussi parlés.

La mosaïque culturelle de la Syrie comprend de nombreux immigrants et réfugiés. Depuis les années 1800, des personnes venues d’Afghanistan, de Chine, d’Iran et d’Afrique du Nord se sont établies en Syrie. Après la Guerre israélo-arabe de 1948, la Syrie a accueilli plus de 500.000 réfugiés palestiniens. Les Iraquiens aussi ont trouvé refuge en Syrie en 2003 pendant la guerre d’Iraq, comme l’ont fait les Libanais en 2006 pendant la guerre israélo-libanaise. 

Waed Bouhassoun

Mais qu’est-ce que l’on sauve au juste lorsque l’on joue de la musique pour un pays ? On sauve de l’oubli assurément, et l’on vivifie les corps et les voix par la chaleur des poèmes.

La chanteuse et oudiste Waed Bouhassoun grandit dans la communauté druze syrienne et quitte la Syrie deux ans avant le déclenchement de la guerre, pour l’amour de son art. Elle vit désormais en France et depuis lors, le chemin de retour à son village druze du sud de la Syrie s’allonge. Sa musique demeure un chemin sûr et profond, vers l’endroit de l’enfance et des racines.

Samih Choukeir

Défenseur des droits de l’homme, le poète et musicien Samih Choukeir célèbre dans ses chansons la liberté des peuples, la vie et la beauté qui nous entourent.

Samih Choukeir quitte la Syrie en 2010 pour échapper à la censure imposée par le régime et choisit de s’installer en France pour s’exprimer librement.

La chanson Ya Haif de Samih Choukeir fut un hymne en mémoire des victimes de la ville syrienne de Deraa en 2011.

Hamam Khairy, le rossignol d’Alep

Hamam Khairy est sunnite et a tout perdu dans les ruines de sa maison, à Alep, sa ville natale. Il vit désormais à Paris.

Hamam Khairy est surnommé le Rossignol d’Alep en raison de ses variations vocales et son sens de l’improvisation. Lui et ses musiciens en exil explorent les confins du mouwachah, un art né en Andalousie musulmane et propagé jusqu’aux confins de la Chine.

Hamam Khairy a grandi dans une tradition basée sur des couleurs instrumentales et vocales où vient se greffer l’intonation dialectale propre à Alep, particulièrement mise en valeur par la série des "qoudoûds", ces pièces populaires urbaines entrées dans la musique savante.

Hamam Khairy marche sur les traces de Sabri Moudallal, muezzin de la grande mosquée d’Alep et de Sabah Fakhri, le roi actuel du chant savant moyen-oriental. 

Chaque génération, dans les différents pays arabes, possède de remarquables interprètes d’un corpus religieux musulman axé autour de l’appel à la prière, de la psalmodie et de la cantillation coraniques, ainsi que des chants de louange à Mahomet et d’autres personnages saints. Aujourd’hui encore, les enregistrements religieux chantés sont extrêmement populaires, voire se substituent même chez certains à l’écoute de la musique profane.

Registre sacré et profane sont perméables. Et cela est particulièrement le cas du point de vue de nombreux interprètes passant de l’un à l’autre comme Sabri Moudallal que nous venons d’écouter.

La musique alépine illustre la perméabilité entre les différents registres et terroirs musicaux. Aux influences musicales lointaines, notamment urbaines, auxquelles Alep est longtemps exposée par sa position au croisement des routes commerciales majeures, s’ajoutent les apports continus des campagnes environnantes.

Sabah Fakhri, lui, est connu pour ses performances vocales qui sont de véritables danses vocales accompagnées de l’orchestre et du chœur auxquels il répond à l’unisson ou en décalé, alternant rythmes et mélodies pour former une toile musicale d’une immense richesse.

Sabah Fakhri touche un public très large : revendiquant un chant "comme le vieux vin que le temps rend encore meilleur".

Depuis les années 2000, le chanteur alépin délaisse les grands orchestres, se produisant avec de plus petites formations comme l’ensemble Al Kindi, comprenant notamment quelques classiques irakiens.

Ibrahim Keivo est catholique syriaque d’origine arménienne, il s’est abrité en Allemagne avec sa famille depuis quelques années. Ibrahim Keivo chante, en s’accompagnant du luth, dans les langues des diverses communautés qui ont fait l’extraordinaire diversité culturelle de sa région, la Djezireh.

ALI ASSAD propose le projet syrian tintinnabuli, fruit de deux ans de recherches approfondies sur la musique traditionnelle syrienne, qu’il réarrange avec des instruments européens. Un mariage culturel pour exprimer la fraternité des peuples. 

Omar Souleyman

Omar Souleyman a fait partie de l’exode massif provoqué par le conflit qui déchire son pays la Syrie, et s’est réfugié en Turquie où il vit désormais. Plutôt que de s’épancher sur les conséquences de la guerre et de ses atrocités, Omar Souleyman a choisi de prêcher l’amour de son prochain dans ses textes où il témoigne d’une certaine obstination à ne pas renoncer au bonheur. Comme il le fait dans " Mawwal "…  

En rendant accessible un répertoire traditionnel aux arrangements modernes et surtout en réussissant à toucher une cible beaucoup plus large que les seuls amateurs de musique orientale. Aujourd’hui, Omar Souleyman est devenu une star mondiale. Accompagné de son synthétiseur et d’une boîte à rythme, il parcourt les plus grands festivals du monde où il fait danser toutes les nationalités sur une musique que seuls les Kurdes, turcs, iraniens, irakiens et syriens connaissaient jusque-là. 

Jordi Savall, Orient-Occident II : Hommage à la Syrie

 

Jordi Savall réunit des musiciens que nous avons écoutés dans cette émission avec notamment Waed Bouhassoun, Haman Khairy et Moslem Rahal pour la partie syrienne.

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK