Murmures du monde

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Janis Jopin, la première star féminine de l’histoire du rock

Retour, dans votre émission Murmures du monde, sur la carrière brève mais fulgurante d’une chanteuse née au Texas en 1943, une voix unique qui ne jurait que par le blues des chanteuses noires. "Une artiste qui a ouvert la porte aux femmes [pour qu’elles aient] le droit d’être aussi hot que les hommes". Une femme qui a chanté avec autant d’énergie qu’elle a mis à se droguer et à boire. Il y a 50 ans, le 4 octobre 1970 s’éteignait la première star féminine de l’histoire du rock, Janis Joplin.

Adolescence, rejets et humiliations

Dès l’adolescence, Janis Joplin s’est refusée à croire au bien et au mal, au noir et au blanc. Elle s’est construite hors de tout modèle, seule fille dans un groupe de musiciens et intellectuels avec qui elle se protégeait du monde, buvait, chantait sous la lune du golfe du Mexique.

Ayant grandi en s’abreuvant musicalement à même le répertoire des chanteuses blues comme Bessie Smith ou Big Mama Thornton, Janis a vite trouvé sa voix et sa voie, son talent bien à elle.

Au Texas, âpre terre du sud, il n’y avait pas de tolérance possible pour une jeune fille qui à l’âge de 19 ans affichait le scandale de sa liberté. À la fin de 1962, lors d’une fête universitaire à Austin, des étudiants la proclament "l’homme le plus laid du campus". Ainsi, parce que hors-norme, elle est bannie du monde des femmes. Elle répond d’une obscénité et d’un rire sonore, et elle en a le cœur brisé.

Californie, la terre promise

Après plusieurs essais chaotiques, elle trouve sa terre en Californie. Au Texas muselé dans ses traditions s’oppose l’explosion psychédélique de Californie. Après le rejet, les humiliations, voici enfin les reconnaissances et l’amour du public de San Francisco.

Janis Joplin abandonne la peinture en découvrant presque par surprise qu’elle possédait une voix. Et qu’elle pouvait la modeler à sa guise.

Elle absorbe tous les modèles, tous les styles qui pourront lui servir. Elle a 20 ans, elle chante, vit dans une cave, comme des centaines d’ado qui commencent à fuir leur famille pour fuir le cauchemar du rêve américain. Mais Janis découvre un autre cauchemar : celui des drogues multiples qu’elle absorbe comme tout le reste, avec une frénésie compulsive.

Janis Joplin ne se chante pas, elle s’interprète. Avec hargne et désespoir, violence et bestialité. Quand Janis rugit, cordes vocales détrempées au bourbon, gorge passée au papier de verre, on se sent devenir primitif.

Quand le groupe Big Brother and the holding compagny, une tribu de babas électriques qui cherchent à ressembler à Jefferson Airplane, décide d’engager une chanteuse, c’est à Janis que l’on pense. Elle se retrouve sur la scène du BallRoom de San Francisco, le 12 juin 1966 et fait un triomphe.

Janis Joplin, star internationale incontestée

La chanson "Ball and Chain" a été écrite à l’origine par Big Mama Thornton. C’est le tournant qui fera de Janis Joplin une star internationale, puissante et incontestée. Nous sommes le 17 juin 1967 sur la scène du festival de Monterey en Californie, le premier grand festival rock de l’Histoire.

Janis Joplin a 24 ans et ce jour-là, Janis Joplin est obligée de hurler ses textes pour passer au-dessus du volume du groupe. Janis Joplin est née ! Et elle ouvrait la voie à toutes celles qui, après elle, feront le choix du rock’n’roll.

La voix de Janis Joplin met les excès, la violence et le sexe d’une femme sur le devant de la scène…

En 1968, l’album Cheap thrills, illustré par le dessinateur Robert Crumb est un fourre-tout de rock et de blues. L’album devient le plus grand succès discographique du psychédélisme de San Francisco. Il s’impose à la première place du classement publié par BillBoard et s’y maintient huit semaines, soutenu notamment par le 45 tours "piece of my heart".

Convaincue d’être la seule véritable star du groupe, Janis Joplin quitte Big Brother pour se lancer dans une carrière solo mais il lui manque un écrin, un groupe digne de ce nom. Elle change de musiciens, crée le Kozmic Blues avec lequel elle se produit à l’Olympia en avril 1969, devant une salle à moitié vide !

Avec le Full Tilt Boogie Band, son dernier groupe, particulièrement efficace, Janis Joplin enregistre l’album Pearl, qui contient les versions de Move over et de Mercredes Benz, deux de ces morceaux les plus connus. 

Janis Joplin et la musique classique

Janis Joplin ne semble peu, voire jamais, côtoyer le monde de la musique classique. Mais derrière l’image mondialement connue de la chanteuse "hippie" se cachent quelques expériences avec la musique classique qui ne seront pas sans influence sur son parcours. Depuis son enfance, Janis Joplin côtoie régulièrement tous les genres de musique. Son père passe ses soirées à écouter les œuvres de certains des plus grands compositeurs classiques, de Bach à Rachmaninov et n’oublie jamais de réunir ses enfants dans le salon afin de leur faire écouter cette musique. Ces influences de jeunesse mèneront la jeune chanteuse à se tourner en 1968 vers le répertoire de George Gershwin pour reprendre l’un de ses titres les plus connus, la célèbre chanson "Summertime". Si sa reprise est déjà unique, Joplin décide avec le groupe, Big Brother & The Holding Company, d’y ajouter une introduction dans le style d’une fugue de Jean-Sébastien Bach

Toute sa vie, et même après sa mort, Janis la rebelle a échappé à toute tentative de contrôle. Notamment, au festival de Woodstock, qui, sur son interdiction, s’est résolu à ne pas filmer sa prestation…

À l’industrie du disque, qui, à travers 4 albums officiels et une flopée d’enregistrements live exhumés, n’a jamais su capter que le son de sa voix. Le reste, à savoir l’essentiel, relève du subliminal.

Janis Lyn Joplin, s’est envolée un dimanche d’octobre 1970, quelques semaines après Jimi Hendrix, dans une banale chambre d’hôtel, rituel témoin des overdoses des stars qui ont brillé trop fort et trop vite.