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Hommage à Mory Kanté, légende de la musique traditionnelle d’Afrique de l’ouest

Deux mois après le saxophoniste camerounais Manu Dibango, "un autre baobab est tombé". Mory Kanté nous a quittés le 22 mai 2020. Mory Kanté ce n’est pas que son tube "YékéYéké". Mory Kanté, c’est une légende. Ce musicien traditionnel d’Afrique de l’ouest s’est d’abord fait connaître dans les années 1970 sur la scène locale, avant de dominer les tops internationaux dans les années 1980 et de bénéficier de l’engouement que suscita la musique africaine dans le monde au cours des années 1990. Dix années plus tard, il retourne dans sa Guinée d’origine pour devenir un des moteurs du développement économique et une source d’inspiration pour une nouvelle génération d’Africains.

Une émission à écouter ci-dessous

Une enfance musicale

Mory Kanté est né le 29 mars 1950 en terres mandingues, à Albadaria, un petit village de Guinée, d’une mère malienne et d’un père guinéen. Mory Kanté grandit dans une dynastie de griots, les "djéli" du Mandé, empire d’Afrique de l’Ouest qui s’étendait depuis la côte atlantique jusqu’à la région de Gao.

Mory suit l’école française et apprend à jouer du balafon, l’instrument fétiche des Kanté car il permet d’établir la communication avec l’univers.

A 15 ans, le jeune griot commence son initiation chez sa tante à Bamako, la griotte Maman Ba Kamissoko, l’une des chanteuses de l’Ensemble Instrumental National du Mali. Durant trois ans, Mory entreprend des voyages initiatiques à travers le Mandingue. Mory Kanté s’initie donc aux rites, à la poésie, à l’histoire et à la musique des griots…

Le jeune Mory Kanté se défoule aussi sur les musiques du monde : le chachacha, la mambo de Cuba, la rumba congolaise ou encore la pop anglaise… L’adolescent s’entiche de la guitare et se débrouille fort bien comme balafoniste, guitariste et chanteur qui anime les fêtes de mariage…

Rail Band de Bamako

En 1971, il est repéré par Tidiane Koné, saxophoniste et chef d’orchestre du Rail Band de Bamako, et est d’abord engagé en tant que joueur de balafon, puis remplaçant au chant un certain Salif Keita.

Quelques années plus tard, Mory découvre alors la kora et apprivoise l’instrument avec tant de passion que le maître malien Batrou Sékou Kouyaté lui offre cette kora qui l’accompagne sur toutes les scènes du monde.

Premier disque "Courougnégné"

Mory Kanté quitte Bamako, ses Cafés de la Gare et donc le Super-Rail Band et s’installe en 1978 à Abidjan.

C’est dans la capitale ivoirienne, qu’il renoue avec des musiques plus ancestrales et décide de mettre la Kora au centre de son dispositif musical.

Entouré d’une petite formation traditionnelle, balafon, djembé et bolon à cinq cordes, Mory (à la kora et au chant) forge sa notoriété en animant un célèbre club select abidjanais où se produisent des vedettes internationales. Et en 1981, ses arrangements acoustiques séduisent Gérard Chess, directeur du label américain "Ebony Records" qui décide de produire "Courougnégné", le premier disque de Mory Kanté. Un disque qui assume le mélange des genres, de la tradition et de la modernité.

Son tube Yéké Yéké

En 1987, Mory Kanté offre à l’Afrique l’un de ses plus grands succès internationaux.

Cette adaptation d’une mélodie mandingue traditionnelle, à l’origine chantée pendant la cueillette du mil, fera un tabac après avoir été boostée aux boîtes à rythmes et sons électroniques, extraite de l’album Akwaba Beach. Le grand public découvre alors l’un des instruments clés des griots d’Afrique de l’Ouest, la kora.

En l’espace de deux ans, Mory Kanté s’impose par la seule force de son talent. Les concerts qu’il donne avec sa kora électrique font l’unanimité de la critique. Le rythme des tournées s’accentue : Europe, Afrique du Nord, Mali, Sénégal, Etats-Unis… Le succès de "Yéké Yéké" est fulgurant, le single est vendu à plus d’un million d’exemplaires et les classements dans les hit-parades se multiplient à travers le monde. En 1988, le tube atteint la première place du classement paneuropéen du "Billboard américain".

Retour sur l’album "Sabou"

Un album totalement acoustique. Entouré d’une dizaine de musiciens et de choristes, Mory Kanté joue de sa kora magique et revient à la source de son inspiration : l’art des griots mandingues.

Mory Kanté signe ici, sans doute, son meilleur album. Où il semble s’être enfin débarrassé du clinquant superflu de la technologie pour ne plus laisser briller que la savante humanité de ses dons d’instrumentiste et de chanteur.

Avec l’album Sabou (qui signifie "la cause"), Mory Kanté insuffle à la kora, aux balafons, au bolon des accents contemporains, car ici la tradition est au service de la nouveauté.

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