Murmures du monde

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Hommage à Little Richard, l’architecte du Rock’n’roll

Une fois n’est pas coutume, Hélène Van Loo va parler Rock’n’roll dans son émission Murmures du Monde. L’icône Little Richard nous a quittés le 9 mai 2020 à l’âge de 87 ans. Surnommé "l’architecte du rock’n’roll", Little Richard a réussi une fusion hors norme entre plusieurs styles musicaux : le boogie, le blues et le gospel. En y ajoutant un jeu de piano électrisant et une excentricité de chaque instant, Little Richard est devenu l’un des artistes les plus influents du XXe siècle.

Une émission à écouter ci-dessous

Rock’n’roll mainstream

C’est dans le Rock’n’roll mainstream que l’influence des musiques noires est la plus perceptible. Qu’il s’agisse des constructions formelles, des tempi, du traitement de la pulsation ou du chant, presque tout dans le Rock’n’roll mainstream ramène au Rythm and blues.

La filiation la plus directe est formelle et harmonique. Le soutien harmonique de ces blues est réalisé par un accompagnement souvent joué à la contrebasse. Il constitue un des éléments les plus emblématiques du Rock’n’roll.

Autre caractéristique musicale de la plupart des titres célèbres du Rock’n’roll, c’est un tempo rapide et parfois très rapide.

Enfin, dans le Rock’n’roll, l’important c’est aussi l’accentuation. En musique populaire, dans une mesure à quatre temps, le premier temps (downbeat) et le 3e temps sont traditionnellement les plus marqués. Les deux autres temps, moins prononcés, sont d’ailleurs appelés en français "temps faibles" (backbeats).

Dans de nombreuses chansons du Rock’n’roll et dans le rock en général, l’approche habituelle est inversée. Les temps faibles sont plus accentués que les temps forts. Et ce qui constitue l’une des raisons de l’attractivité rythmique du rock. 

A wop bop a loo bop a lop bam boom

C’est avec son groupe The Upsetters, que Little Richard se fait la réputation de sensation scénique et gagne de l’ampleur. Il joue debout devant son piano, se démène, transforme le chant en hurlement. Devenu célèbre, il ne sera pas rare qu’il grimpe sur son piano, finisse ses concerts torse nu.

Little Richard à cette époque n’est plus un débutant. Depuis ses 14 ans, il est professionnel. Spectaculaire, les cheveux haut crêpés et les yeux maquillés de khol, il est perturbant, avec cette affirmation théâtrale.

La compagnie phonographique Specialty Records, à Los Angeles, s’intéresse à lui. Une séance d’enregistrement est organisée à la mi-septembre 1955 à La Nouvelle-Orléans. Little Richard se retrouve en studio avec des musiciens qu’il ne connaît pas, ce sont les musiciens du pianiste et chanteur Fats Domino. Les prises sont peu convaincantes et durant un intermède, Little Richard joue "tutti frutti" pour se délasser, un morceau qu’il avait l’habitude d’interpréter depuis des années.

Son ingénieur du son Robert "Bumps" Blackwell tend l’oreille, fait réécrire les paroles puis enregistre le titre en quelques minutes. Une chanson surexcitée et surexcitante, aux paroles dénuées de toute importance, mais qu’on peut soupçonner d’arrières pensées affolantes.

Religion et Rock’n’roll

Presque tous les grands rockers ont appartenu à l’une ou l’autre Eglise. Dans un sud parfois bigot, la religion est un vecteur d’éducation mais aussi un baume pour endurer les conditions de vies difficiles. Little Richard grandit dans une famille d’adventistes du septième jour.

Et ce fond religieux aura deux conséquences : d’une part il imprégnera le Rock’n’roll par le biais de comportements vocaux et scéniques extravertis ; d’autre part, il empoisonnera la vie de Little Richard en le tiraillant entre son éducation religieuse et les très profanes tentations du rock.

Chanter le Rock’n’roll, c’est opter pour la musique du diable. Sans cesse, déchiré entre le souhait d’une spiritualité qui le conduirait à la rédemption et le Rock’n’roll qui le comble de plaisirs esthétiques et de dollars.

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