Murmures du monde

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Histoire et origines de la tradition du Gospel

"God / spell", littéralement "épeler, appeler le nom de Dieu"… C’est dire que c’est de religion dont il est question dans le genre musical dont Hélène Van Loo va vous parler. Et plus précisément des Evangiles, puisque gospel en est le synonyme.

Aujourd’hui encore, bien que la tradition du gospel soit ancestrale, ce que l’observateur novice peut observer dans l’église noire des Etats-Unis, tient à la fois du show, de la transe et de la pratique magique. Le pasteur-prédicateur y tient la place d’une pop star très charismatique. Les fidèles extériorisent leurs sentiments et n’hésitent pas à reprendre des bribes de psaume pour lui répondre. La musique, souvent de l’orgue et des tambourins, mais aussi de la guitare et parfois de la batterie, accompagne tout le rituel, comme si c’était la Langue, celle qui permet de parler avec le seigneur.

 

Negro Spiritual

Au commencement, le gospel s’appelait "negro spiritual". La nuance entre les deux est vraiment subtile. Certains disent que les spirituals sont plus tournés vers l’ancien Testament, alors que le gospel s’appuie sur les Évangiles. Disons que le gospel est le mot qui s’emploie depuis les années 30, environ. Il désigne des chants, ceux des esclaves noirs qui voulaient communiquer avec Dieu. Mais aussi entre eux.

Car lorsque les blancs de Virginie importent les premiers esclaves d’Afrique, à partir de 1619, ils n’ont qu’une idée en tête (à part les faire travailler) : les couper de leurs traditions, de leurs racines, gommer leurs croyances pas très catholiques, leur imposer leur langue (l’anglais) et bien sûr, les évangéliser ! Tout un programme !

Peu à peu, les noirs adaptent les chants des colons protestants, improvisent dessus, prennent des libertés face aux mélodies. Ils arrivent à en faire quelque chose à eux, quelque chose de personnel. Tellement personnel que les negro spirituals seront aussi une forme de code secret pour la communauté noire, une façon d’informer, de prévenir du danger.

Un répertoire spécifique aux Noirs mélangeant Afrique et Amérique est né. Et peu à peu, ces chants seront collectés, répertoriés et distribués.

Les Jubilee singers

Dans les premières universités noires, se créent des chorales, qui deviennent vite la carte de visite du répertoire spirituals. Le but de ces groupes, appelés les "jubilee singers", est de toucher le cœur des Blancs. Pour y parvenir, les chanteurs édulcorent quelque peu les compositions pour séduire le plus de monde possible : le côté très brut se polit par un gommage des rythmes trop "racines" et les chants gagnent en harmonisation des voix, comme si ces spirituals avaient mis leur habit du dimanche.

De ce courant, naîtront des formations très organisées vocalement, lissées et rigoureuses, généralement à 4 voix, à la façon du Golden Gate Quartet.

Mais c’est grâce à un quartet de spirituals, le "Dinwiddie Colored Quartet" que le premier enregistrement de musique noire se grave dans le sillon d’un disque, en 1902.

 

Le blues qui jusqu’alors était la partie profane – et même profanatrice - de la musique noire, sort peu à peu de son statut diabolisé, pour se fondre à la musique religieuse. Déjà certains pasteurs "guitarisés" avaient discrètement procédé à cette adjonction dans leur coin.

"Gospel Singers convention"

Mais à partir des années 30, on peut vraiment parler de fusion des deux genres : Thomas A Dorsey, chanteur de blues rencontre la lumière et décide de se consacrer au gospel. Et il ne se contente pas de composer des chants, mais monte une compagnie pour les diffuser. Ainsi naît la "Gospel singers convention" dont le but est de répandre la bonne parole, chantée ! Et la grande Mahalia Jackson sera l’une de ses interprètes.

Autre femme essentielle au développement du gospel : Roberta Martin, qui modifie la conception du quartette vocal. Elle s’éloigne du versant "groupé" des chœurs, pour en faire ressortir chaque personnalité vocale.

Le gospel se sophistique et sera largement repris par de nombreuses formations féminines comme the "caravans" ou les "Barret Sisters".

Mais les solistes ne sont pas en reste. A part Mahalia Jackson dans les années 40, citons Sister Rosetta Tharpe ou Marion Williams qui s’échappe des "Ward Sisters".

Lorsque le jazz et la soul intègrent les compositions d’inspirations divines

Au début des années 60, le gospel prend un nouveau coup de jeune. Le révérend James Cleveland, formé à l’école Roberta Martin, qui n’a pas les oreilles dans sa poche, intègre la musique moderne, le jazz et même la soul à ses compositions d’aspiration divine. Il devient le leader des chœurs géants qui propagent ses œuvres. La lady de la soul, Aretha Franklin, se souvenant de son enfance ou elle chantait dans les églises, renoue avec la tradition en enregistrant avec ce cher Révérend Cleveland, pour un superbe double album "Amazing Grace", en 1972.

Oh Happy day

Mais En 1969, un chant gospel avait fait exploser le toit du ciel des charts "Oh happy day". Oh les jours heureux qu’ont dû vivre les "Edwin Hawkins Singers" avec ce tube mondial. Aujourd’hui le gospel se perpétue : les "anciens" se transmettent leurs noms à travers les générations. Des chanteurs comme Al Green ou Liz Mac Comb ou Take 6 adaptent la tradition gospel à l’air du temps.

Et c’est une grande partie de la musique noire d’hier et d’aujourd’hui qui doit sa nature au gospel.

Retrouvez la seconde émission Murmures du monde consacrée au Gospel

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