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Délectations moroses dans les musiques du monde

Délectations moroses dans les musiques du monde
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"Les plus désespérés sont les chants les plus beaux" disait Alfred de Musset. Délectations moroses dans le Blues, le Fado, le Flamenco, la Morna, la Tezeta, l’Enka, le Rebetiko, la Sevdalinka ou encore le Tango. Autant de styles musicaux réputés pour l’émotion qu’ils peuvent dégager…

Le Portugal, le pays de la "saudade"

La Saudade, ce sentiment indéfini, entre mélancolie et bonheur d’être triste. Son expression la plus populaire est celle que nous retrouvons dans le fado : un chant cantonné pendant un siècle dans les tavernes et les ruelles mal famées et qui acquiert ses lettres de noblesse et son statut de miroir de l’âme portugaise grâce au talent et à la passion d’une femme : Amália Rodrigues.

Le chant de l’âme portugaise, à l’aire de la mondialisation, a gagné en célébrité ce qu’il a perdu en intimité. Preuve aussi que le sentiment de la saudade n’est pas si singulier que la mythologie nationale le prétend. Ce qui est singulier, c’est la conversion d’un sentiment universel en une passion nationale

Devenue un rite et un mythe culturel, la saudade garde malgré tout son mystère et, avec lui, l’ambivalence sentimentale et spirituelle qui a permis aux poètes, au long des siècles, de renouveler cette mythologie.

La saudade devient une espèce de philosophie spontanée du sentiment de l’absence : amour inaccessible, patrie lointaine.

La misère serait moins pénible au soleil

Au Cap-Vert, la musique raconte mieux que les mots l’histoire du pays. Et notamment celle, douloureuse, de l’émigration. De cet archipel aride, les habitants sont beaucoup partis à la recherche d’un avenir meilleur. Cet exil forcé a nourri entre autres l’art de la Morna, popularisé dans le monde entier par la grande diva Césaria Evora.

La Morna c’est l’équivalent du fado portugais, expression suprême de la saudade, entre romance et nostalgie.

L’archipel servit longtemps de relais maritime. Comme on n’était plus en Europe, pas tout à fait en Afrique, ses traditions empruntèrent aux deux continents. La Morna, languide et triste, tient des chansons des marins anglais et surtout du fado des colonisateurs portugais.

La morna, c’est du blues ou de la saudade brésilienne en crioulou (créole cap-verdien).

La Grèce et sa musique des bas-fonds, le rébétiko

Une musique née il y a un siècle dans les tavernes, les bordels pour marins et les prisons d’Athènes. Une musique de l’intérieur, des bas-fonds infréquentables, qui parle de sexe, de drogue, de meurtres et de gangsters. Une musique historique aussi, liée aux soubresauts de l’indépendance du pays, aux guerres contre la Turquie, à la Première Guerre mondiale, chrétienne miséreuse, forcée après 1920 de quitter la Turquie pour s’installer en Grèce. Pour le public occidental, le rébétiko est présenté comme une forme européenne du vieux blues. Mais c’est surtout, dans son instrumentation et ses mélodies, une musique hautement influencée par le Moyen-Orient, par l’héritage culturel de l’Empire ottoman.

Le Flamenco

Dans le milieu flamenco, il est connu que l’inspiration vient de la souffrance. Les plus beaux chants sont censés avoir été créés sous le coup d’une grande douleur. Plus l’interprète souffre, plus l’interprétation sera bonne.

Et d’ailleurs, être derrière les barreaux d’une prison favoriserait l’épanouissement de ce talent ! Les gitans sont marqués par l’histoire de la souffrance subie par les leurs et aiment dire qu’elle fait partie d’eux. C’est cette souffrance qui explique la beauté sauvage de leur flamenco…

La Sevdalinka, un genre de musique traditionnelle typique de la Bosnie

L’histoire récente de la Bosnie-Herzégovine est triste : plongée dans la tragédie d’une guerre pour l’indépendance au début des années 90 qui a horrifié le monde et laissé le pays en ruines. Le producteur Dragi Sestic a formé la première fois Mostar Sevdah Reunion au plus fort du conflit en 1993, promettant au monde d’entendre ce que la beauté pouvait procurer au peuple du pays une fois les combats terminés.

Ce genre traditionnel qui remonte à l’époque où l’Empire ottoman régnait en maître sur tout l’est méditerranéen.

Il s’agit d’un mélange d’influences orientales et slavesLes chants "sevdalinke" sont chargés d’émotion et parlent d’amour avec une mélancolie certaine. L’accordéon, le violon et la guitare sont les instruments les plus utilisés. On le remarquera ce jour en écoutant le groupe Mostar Sevdah Reunion.

Différentes couleurs de blues

Le blues japonais : L’Enka c’est LE chant populaire à partir des années 50. Considéré comme l’archétype de la chanson japonaise.

Le blues éthiopien : Vague à l’âme, spleen, nostalgie, mélancolie, mal d’amour ou mal du pays, c’est tout l’inventaire des langueurs et des souvenirs noués qu’exprime la Tezeta, sorte d’hymne souverain et bluesy de l’Ethiopie…

Et, le blues afro-américain…. Sans oublier le Tango argentin et finlandais.

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