Laurence Vielle lit la poésie

Plus d'infos

Laurence Vielle lit un poème inédit de Milady Renoir, "La Rue est mal élevée"

Laurence Vielle lit un poème inédit de Milady Renoir, "La Rue est mal élevée"
4 images
Laurence Vielle lit un poème inédit de Milady Renoir, "La Rue est mal élevée" - © Tous droits réservés

Chaque jour, la poétesse Laurence Vielle fait sonner, scander, rythmer de son souffle lumineux, les mots des poètes, et notamment des poètes belges. Découvrez le texte inédit de la poétesse bruxelloise Milady Renoir.


La rue est mal élevée

La rue a mauvais genre

La rue dévie des droites, de ligne et de parti,

La rue traite les hypoténuses comme des abus de langage,

La rue est la langue des peuples,

La rue inonde les murs d’encre et de signes,

La rue est la naissance, sa mort, sa renaissance,

La rue est mal élevée,

La rue pisse debout, assise, à quatre pattes,

La rue désenfouit les origines communes,

La rue attrape des maladies, des papillons

La rue a mauvais genre

La rue converge les luttes, les putes, les mecs en rut,

La rue radote, des cris de gueux aux fanatiques de dieu,

La rue est orpheline mais pas infertile,

La rue ne chuchote pas avec les yeux,

La rue harangue au tambour,

La rue est mal élevée,

La rue, c’est pas un projet bioéthique à veloppement durable

La rue, c’est pas un laboratoire du vivre-ensemble repentant,

La rue, c’est pas un espace vert ou jaune ou bleu ou

La rue, c’est pas une réserve naturelle pour tourisme de masse,

La rue c’est pas un safari pour flics malformés,

La rue c’est pas une ZAD à grenader,

La rue c’est le syndicat du pavé,

La rue, c’est le désir du désordre,

La rue est mal élevée,

La rue commence au ras du sol, avec des pas,

La rue, une mère qui élève mal mais qui laisse grandir tout autant,

La rue riposte à la frontière,

La rue, porte de la loi, fenêtre avec vue sur le manque de droits,

La rue où craquent les vernis,

Dans la rue, on ne naît pas vivant, on le devient,

La rue est mal élevée,

La rue laisse mourir entre ses bras froids,

La rue cible les sans papiers

La rue compile les cris, les rires, les crises et les méprises,

La rue, palimpseste des impuissances,

La rue décide du sort, joue du destin, Hécate au rond-point,

Mais

La rue, demain le jour va encore s’y lever,

Et faudra bien penser à bien l’occuper,

jusqu’à ce que les chants des opprimés

passent d’un vague écho à un cri dunisson.

La rue est mal élevée et fière de l’être,

La rue, ça ne fait que commencer.


 

Sans trop de principes ni scrupule, Milady Renoir est dilettante, tente de densifier ce que c’est d’être au monde, au sein de poèmes crus, de performances de corps, de gorges au milieu de gens. Metteuse en scène de ses désirs et coups de gueule, entre grande gueule et petite frappe, la poétesse cherche un chemin-virage, un élan-plein dans les luttes auprès de femmes, de personnes sans papiers, et d’autres singularités à aimer. Publiant chez Maelström, des revues d’arts, de sociétés, elle anime des ateliers d’écritures et des réseaux militants.

Milady Renoir, une poétesse bruxelloise. Son élan poétique engagé, "un vent actif qui déracine la gangrène", est pour moi un phare permanent. (Laurence Vielle)

La poésie, c’est l’oreille de Van Gogh qui résonne de tout le sang du monde.

Lawrence Ferlinghetti, " Poésie, art de l’insurrection " Editions Maelström, 2012