Laurence Vielle lit la poésie

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Laurence Vielle lit un poème de Gioia Kayaga

Chaque jour, la poétesse Laurence Vielle fait sonner, scander, rythmer de son souffle lumineux les mots des poètes, et notamment des poètes belges. Découvrez un poème de Gioia Kayaga, issu du recueil "Tram 25", publié en 2017 aux éditions Maelström.


AKOUA

Gioia Kayaga

 

Akoua, mais avec un K, pas comme l’eau.

Akoua, elle vient du Togo

au début, elle m’a dit qu’elle s’appelait Rose

c’est sûr, ici, ça simplifie les choses…

Akoua, elle est belle, comme si elle était en sucre,

comme si la nature l’avait aimée un peu plus

que les autres, c’est pas juste : c’est comme ça.

Akoua ne cherche pas à détourner les regards

le charme de ses courbes s’en charge

mais gaspille pas ta salive :

Akoua, elle n’aime que son mari,

elle reste humble, se moque des miroirs,

dans la jungle, elle est celle qui reste intacte

Akoua "naturelle de source",

sûre d’elle, elle entraîne dans ses fous rires

tout ce qui l’entoure, elle attire

la foudre des énergies positives

Elle a une odeur de vanille :

la douceur des mères d’Afrique,

ou d’une grande sœur attentive

 

Akoua avance pas à pas

elle est faite pour la joie

c’est écrit sur son visage, sur ses pommettes,

elle est tranquille, sereine,

le pire derrière, de la patience pour le reste.

 

Attendre, attendre et cultiver ses espoirs,

Attendre ses papiers, la liberté d’un voyage

Attendre pour revoir la fille – née hors mariage –

qu’elle a laissée au pays et qu’elle appelle chaque soir

Attendre, attendre et en profiter pour apprendre

pour se remplir dedans, pour se remplir la tête

Akoua n’est pas inquiète, elle persévère,

Comme la petite graine dans son ventre

qui grandit, grandit, prend son temps

pendant qu’Akoua me tresse le crâne devant les télénovelas.

 

Akoua m’a dit, le petit, il s’appellera David,

mon mari et moi on l’attendait depuis…

il a pris son temps donc ça sera l’enfant de la chance :

le bon passeport, les bonnes écoles,

un bel appartement, un père qui travaille et…

Akoua pour maman

Akoua, mais attention ! avec un K, pas comme l’eau

Moi, je viens du Togo

Au début, je disais que je m’appelais Rose

C’est sûr, ici, ça simplifie les choses…

Gioia Kayaga sur le papier, Joy Slam sur scène, est née en 1990 à Dinant des meilleurs parents que la terre puisse offrir. Elle est trop bavarde de naissance. Elle apprend encore à respirer. Elle a étudié les romanes ; enseigné le FLE et l’alpha quelques années à Bruxelles ; puis s’est jetée à corps perdu dans la poésie, happée par le slam et le rêve un peu fou d’en faire un métier.

Elle a publié en 2015 son premier bookleg, L’arbre sans racines d’un pays sans soleil, suivi en 2016 d’un livre-CD, issu de son premier spectacle complet, Tram25 et de l’album L’art de la joie en 2019. Elle a gagné quelques prix, rencontré des êtres magiques (reconnaissez-vous). Elle a pris le micro un peu partout en Belgique, mais aussi en France, Suisse, Allemagne, Roumanie, au Canada, au Niger, à Madagascar, à La Réunion… Elle a animé des centaines d’ateliers et de stages d’écriture / slam / coaching scénique auprès de publics de 10 à 89 ans, en Belgique et ailleurs. Elle a mis en scène des spectacles et performances.

Elle pousse des coups de gueule parfois viraux sur les réseaux sociaux. Elle a écrit un générique, "Exotique", et un ciné-poème, "Vitiligo", avec Soraya Milla. Elle est membre fondatrice du collectif bruxellois Slameke, organise des micros ouverts, programme des artistes nationaux et internationaux, produit des vidéos (Paroles de femmes). Elle est poète public dans les stations de métro bruxelloises. Elle espère réussir à accoucher de son premier roman bientôt. Faire des enfants, encore. Elle a envie de flirter avec le théâtre et d’apprendre à danser. Elle reviendra toujours à la musique parce qu’elle ne sait pas chanter.

Elle veut tout à la fois. Elle se disperse souvent. Sa famille et ses amis sont sa colonne vertébrale, mais elle est trop distraite pour leur montrer autant qu’elle le voudrait. Alors elle l’écrit, pour se rattraper. Son ventre crie "Afrique". Sa peau cherche le soleil. Son âme vient du Sud. Elle est insatiable. Elle a faim de toujours plus de rencontres, de connexions, de rêve, d’imagination, de voyages. Elle a commencé à respirer le jour où elle a rencontré son public.

Elle oublie parfois de manger. Elle veut transmettre la lumière en plongeant au cœur d’elle-même. Elle milite activement pour de nombreuses causes, trop nombreuses pour être reprises dans cette biographie déjà bien trop longue. Elle cherche encore ses mécènes. Elle parle parfois d’elle-même à la troisième personne. Elle se demande si vous lirez jusqu’ici. Elle s’égare toujours. Elle en veut encore plus. Sa vie est une quête. Elle n’en aura jamais assez. Elle est incapable de se résumer, en gros.

 

Voici ce que Laurence Vielle nous dit de Gioia Kayaga :

Gioia, une poétesse slameuse. A suivre, à lire, à écouter, à rencontrer. La joie de son nom m’illumine chaque fois que je la rencontre et l’écoute. Sa poésie, vive, a le visage de ceux qu’elle croise, à fleur du monde, des passants, de la vie d’aujourd’hui. A lire aussi, cette carte blanche d’il y a quelques semaines : un cri.

La poésie, c’est le jeu ludique de l’homo ludens

Lawrence Ferlinghetti, "Poésie, art de l’insurrection" Editions Maelström, 2012

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