Laurence Vielle lit la poésie

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Laurence Vielle lit "No time" d'Antonio Bertoli

La poétesse Laurence Vielle lit le poème d'Antonio Bertoli, No time.

 

NO TIME / Antonio Bertoli

Tu n’as pas le temps, pas de temps, plus de temps, pas de temps pour écouter les anges, plus de temps pour prier l’infini de te rejoindre, pas le temps, pas le temps d’aller aux réunions, pas le temps de voir les comètes, plus de temps pour sonner les cloches de ta vie, pas le temps, pas le temps, pas le temps, plus de temps, mon ami, mon ami, pas le temps de laver tes yeux avec la pluie, pas le temps de te revoir à nouveau, pas le temps, pas le temps, oh mon ami, mon ami, mon ami, le temps tombe, le temps tombe amoureux de lui- même, tu n’as pas le temps, pas le temps mon ami, mon ami, pas le temps, plus de temps, plus de temps mon ami pour plonger dans l’espace infini d’un instant, pas le temps pour ta mescaline, pas le temps pour voler le feu aux dieux, pas le temps pour voir éclore les roses, pas le temps pour les Tarahumahara, pas le temps pour le lointain, pour le Mexique, plus de temps, mon ami, pas le temps pour ta lune noire, pour ton cri étouffé, plus de temps pour pleurer, pas le temps pour l’ouverture du cœur, pour l’étoile du matin, pas le temps, le temps est tombé sur lui-même, mon ami, le temps est un serpent enroulé autour du long bâton de l’alchimiste, le
temps est tombé, mon ami, il est tombé amoureux de lui- même, le temps tombe sur, est tombé dehors, dedans, mon ami, mon très cher, cher ami, ton cœur dissout en comète, tes yeux explosés, tes mains qui parcourent le rêve d’une folle, mon ami, il n’y a de connaissance que dans l’amour, il n’y a dans l’amour que l’inconnaissable, mon cher, oh mon cher, une étoile noire qui brûle et un dieu aux yeux bandés, une déesse en flammes, un dieu mort, père et Père sont morts, le prêtre est mort, le patron est mort, le travail est mort, l’écriture est morte, l’art est mort, la littérature, la fatigue est morte, les liens sont rompus, les limites sont rompues, les hésitations sont rompues, les veines des yeux sont rompues, les ongles rompues, mon ami, oh mon ami, mon ami, sale bête que la folie, sale bête que la normalité, nous mangeons ensemble de la poussière d’étoile au moins une fois par jour pour nourrir nos petites âmes, au moins une fois par jour, une fois par jour au moins, mon ami, ange qui jamais ne repose, ange noir et blanc uniquement dans la mort, blanc uniquement dans la voix, pas le temps mon ami, pas le temps pour le sperme des américains, pas le temps pour la lignée des assassins, pas le temps mon ami, pas le temps, il n’y a plus de temps pour ton corps maigre, pour tes lettres à toi-même, pas le temps pour ton bureau de recherches surréalistes, non, non, non, pas le temps, pas le temps, nous n’avons plus le temps pour les investigations sur l’abîme, pas le temps pour la grande baleine du Moi, pour les cuirassés de l’esprit, pas le temps pour la horde sauvage du langage, pour la cruauté, pour ta différence, pas le temps mon ami, pas le temps, pas le temps, le temps est tombé sur lui-même, il est tombé amoureux de lui-même, mon ami, plus de temps pour tes respirations, pour tes soupirs, pas le temps pour tes batailles contre le vent, mille fleurs jaunes ont éclos à la droite du soleil, il est pâle le jour et ténu, mon ami, il est ténu et pâle le jour mais il est là, mon ami, oh mon ami, le jour est pâle et ténu mais il est là, il est toujours dans le jour une faille du temps, une blessure de lumière intense qui te retrouve souriant, toi qui n’as jamais souri, qui  te retrouve patient, mon ami, toi qui n’as jamais patienté, qui te retrouve apaisé, mon ami, toi qui n’as jamais été tranquille, mon ami, mon ami, voilà ton temps enfin, voici le temps, ton temps, tu as enfin ton temps, mon ami, ton temps suspendu pour poursuivre les queues lumineuses des comètes, adieu mon ami, tout le temps de cette écriture a été le tien, tout le temps de cette lecture a été le tien, à toi, c’est ton temps, ton temps, ton temps, le monde et l’espace et le temps infini de ce moment

NO TIME / pas le temps   ANTONIO BERTOLI - Traduction de David Giannoni

Editions Maelström 2007 / Territoires du coeur

Le mot de Laurence Vielle

Antonio est un ami cher que j’ai croisé un petit temps et qui a laissé en moi une trace indélébiles. Je l'ai rencontré grâce à Maelström, et à son cher ami, David Giannoni.

Antonio est parti trop tôt. Et par ce poème NO TIME qui m’accompagne souvent, il est là, toujours là. Splendide poète, passeur, diseur, relieur, … Astre dans le firmament de la poésie.

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