Laurence Vielle lit la poésie

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Laurence Vielle lit "Je t’aime comme un petit hôtel" de Milène Tournier

Laurence Vielle interprète un poème inédit de Milène Tournier, qui écrit et partage quotidiennement ses écrits sur sa page Facebook. 

Je t’aime comme un petit hôtel.

Je t’aime comme un petit hôtel de ville et pas ceux

où on arrive par l’autoroute, on n’avait pas prévu tant de trajet. Je t’aime comme un petit hôtel de ville complet.

Je t’aime comme est faite la chambre du petit hôtel, table dressée.

Je t’aime comme une ou deux nuits dans le petit hôtel de ville, serré entre deux immeubles d’habitants.

Je t’aime comme les nuits chaudes d’août et pas la clim,

on dormira fenêtres ouvertes.

Je t’aime comme les fascicules dans le hall,

ce que nous promet le petit hôtel de la grande ville,

croisière sur fleuve et tour insolite en charrette.

Je t’aime comme une serviette d’hôtel, pliée pour faire comme si on était les premiers,

comme si on était les seuls.

Je t’aime comme le réceptionniste du soir est venu prendre la relève de celui du jour.

Je t’aime comme souffle le léger mistral dans la chambre d’hôtel, qui fait trembler le rideau doucement.

Je t’aime comme la télé crucifiée au mur de la chambre d’hôtel comme dans les chambres d’ado les posters.

Je t’aime comme se pencher sur la ville depuis la chambre d’hôtel.

Comme regarder vivre d’autres grands animaux.

Je t’aime comme la ville entre dans la petite chambre d’hôtel entre deux volets cassés, comme passe sous les portes un rai étroit de lumière.

Je t’aime comme refermer les petits volets de bois

de la chambre d’hôtel, comme remettre un sourire.

Je t’aime comme faire le noir dans la chambre d’hôtel et laisser le jour dehors, comme on laisse une ville.

Je t’aime comme j’ai voyagé jusqu’au nu du grand miroir

de la petite chambre d’hôtel.

Je t’aime comme le ventilateur gagne la course contre

le micro-ondes, dans la petite chambre d’hôtel.

Je t’aime comme avoir retiré ici sa montre, l’avoir rangée dans le petit tiroir vide de la table de nuit d’une seule nuit.

Je t’aime comme une dernière nuit d’hôtel.

Et demain, laisser le lit et la chambre comme le lit et la chambre de déjà quelqu’un d’autre, avec pas du tout la même lumière

qu’hier la nuit.

Inédit de Milène Tournier, dans "Le désir en nous comme un défi au monde "
94 poètes d’aujourd’hui, anthologie mars 2021, éditions Printemps des poètes / Castor Astral

 

Mot de Laurence Vielle

Il y a quelques mois, Mélanie Godin m’a dit : tu as lu des poèmes de Milène Tournier ? Non ? Alors vas-y ! J’y suis allée, et j’y retourne, presque chaque jour, car elle écrit quotidiennement sur Facebook, c’est une joie de la suivre.

Milène écrit et marche. Elle écrit des livres, de théâtre et poèmes. (L’autre jour, ed. Lurlure ; Poèmes d’époque, préfacé par François Bon, ed. Polder ; Nuits, ed. La p’tite Hélène ; Et puis le roulis, Ed. Théâtrales). Elle fait des vidéos poèmes qu’elle partage sur YouTube : elle marche toute la journée et le soir elle écrit. Elle écrit beaucoup " en direct ", sur Facebook. Elle a écrit une thèse sur l’impudeur avec des auteurs et des gens, dedans, qu’elle aimait : Zouc, Emma Santos : " Figures de l’impudeur 1970-2016 "… Elle a participé en 2019-2020 au dispositif de résidence d’auteur d’Ile-de-France. En 2020-2021, elle donne des ateliers d’écriture vidéo au CELSA. Elle est par ailleurs professeur documentaliste en lycée.

 

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