Laurence Vielle lit la poésie

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Laurence Vielle lit "Gieser Wildeman" ou "Moi je suis une femme" de Radna Fabias

Laurence Vielle nous fait découvrir les mots de la poétesse néerlandaise Radna Fabias, avec "Gieser Wildeman" ou "Moi je suis une femme".

 

Le Texte

- Dans une traduction de Daniel Cunin dans "Poésie néerlandaise contemporaine " Editions Castor Astral, 2019 -

La gieser wildeman est une poire à cuire

moi je suis une femme

ça c’est le toit d’une maison vieille de trois siècles

moi je suis une femme

ça c’est le suc trouble qui coule d’une pêche espagnole sur ses lèvres à lui

et moi je suis malheureusement le suc et la pêche et tout autre fruit fondant, sucré, juteux que l’on peut tenir dans la main car je suis une femme

et ça c’est la monture de lunettes d’un homme d’une intelligence moyenne,

mais moi je suis une femme  / me suffis à moi-même

en moi il n’y a pas de vide

mais bien une cachette une antichambre une salle d’attente

un endroit où je peux recevoir quelqu’un;

un homme le début d’un enfant les doigts d’une femme

cependant je me suffis à moi-même

peu importe la quantité de théorie postmoderne du genre

que j’accroche à mes hanches c’est à moi de voir : moi je suis une femme

je pourrais exister aux côtés d’un homme mais voilà

un homme ce n’est pas un corps

un homme ce n’est pas des tons de basse bougonnés

pas une voix grave des doigts rudes une peau d’éléphant

pas une barbe un homme n’est pas une barbe

un homme n’est pas non plus un purgatoire

un homme n’est pas un destin

un homme n’est pas une maison où habiter

un homme n’est pas un lit sur lequel s’allonger

un homme n’est pas une ergothérapie

un homme n’est pas un pur-sang

un homme c’est plus que des yeux adorateurs dans une nuit volée au temps

un homme n’est pas un coffre de voiture pas un gyrophare

un homme n’est pas une profonde révérence devant mon entrecuisse

un homme a lui aussi des sentiments

lui aussi réfléchit lui aussi souffre

il lui arrive même de savoir pourquoi il souffre

un homme n’est pas un croc de boucher pas un couteau à fileter

pas un fusil pas un fer rouge pas un livre sacré

un homme n’est pas une arme pas un passe-temps

un homme n’est pas un passe-temps

un homme n’est pas un passe-temps

un homme n’est pas un passe-temps

un homme n’est pas une punition

un homme n’est pas un trône sur lequel s’asseoir

les jambes croisées comme le ferait une dame

moi je ne suis pas une dame

moi je suis une femme.

 

La poésie déshabille le ciel avant de l’aimer.

 Serge Pey

Présentation de la poétesse Radna Fabias

Radna FABIAS  est née et a grandi dans les Caraïbes néerlandaises. Elle a étudié à l’école supérieure des Arts d’Utrecht.

Son premier recueil de poèmes "Habitus", publié en 2018, a obtenu le prix C. Buddingh’ qui récompense le meilleur premier recueil de poèmes. C'est dans ce recueil que nous retrouvons le poème interprété par Laurence Vielle. Habitus est un recueil narratif parlant d’une migrante  qui revient dans son pays d’origine, une "île" des Antilles.

Grâce à des métaphores originales, un registre de langue cru combiné à un rythme entraînant, Fabias donne une touche personnelle au récit classique du migrant revenant au pays natal.

Dans ses poèmes, le sujet lyrique se trouve confronté à un monde où il n’a plus sa place alors qu’il n’est pas totalement accepté par la société blanche néerlandaise.

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