Laurence Vielle lit la poésie

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Laurence Vielle lit des extraits de "Apocapitalypse" de Timotéo Sergoï

Chaque jour, la poétesse Laurence Vielle fait sonner, scander , rythmer de son souffle lumineux les mots des poètes et poétesses, et notamment de poètes belges. Découvrez un extrait de Timotéo Sergoï, issu de "Apocapitalypse : peupler d’œillets les cimetières sourds", paru aux éditions Territoires de la Mémoire en 2019. Le recueil est accessible en ligne gratuitement au format pdf.


Extrait de "Apocapitalypse" - Timotéo Sergoï

Nous sommes une forêt de plumes. Nous sommes une averse et ses milliers de doigts. Nous sommes un nuage d’étourneaux qui effeuille son arsenal. Nous sommes un escadron assis, caché dans les maisons en ruines, nos casques sur nos voix. Nous sommes un régiment entier de galets taillés en silex prêts à allumer l’incendie des villes ou à tailler le cuir des rois. Nous sommes une troupe innombrable de regards aux larmes de braises. Nous sommes une légion d’arbres déracinés qui avance vers le nord de nos boussoles. Nous sommes une armée de poètes.

Et nos histoires ne seront pas des prix de littérature, non, ni même une publication officielle. Une médaille ? Une légion d’horreur ? Comme nous ne portons ni cravate, ni lunettes, nous ne saurions où les mettre.

Notre victoire sera simple : nous sommes vivants.

Dans cet immense corps malade qu’est devenue l’humanité, il n’y a pas que des claviers usés, il n’y a pas que des mains fatiguées, il n’y a pas que des fronts plissés, il y a encore un chœur qui bat, rouge d’encre et de flots drus, il y a mille cœurs qui battent, libres. Il y a des millions de cœurs qui battent et qui écrivent. Ton cœur est une maison vide, peut-être. Mais la ville est large et habitée de dix millions de poètes.

TIMOTEO SERGOI : Ils disent grand, ils disent barbu, ils disent maigre. Ils disent que sur les murs de la ville il colle de la main droite ce qu’il écrit de la main gauche. Ils disent noir ils disent triste ils disent fin. Fin comme du sel ou fin comme fin du monde ? On ne le saura jamais. Ils disent muet comme un gardien. Dans quel but ? Né en 1964 à Etterbeek, Timotéo Sergoï est comédien voyageur, baroudeur de théâtre, nomade au bout du masque. Ses marionnettes-objets ont fait le tour du monde, de Singapour à Arkhangelsk, de Melbourne à Buenos Aires. Il est l’auteur d’une dizaine de livres, dont Le tour du monde est large comme tes hanches (Tétras Lyre, coup de cœur de l’académie Charles Cros 2010), le Diagonaute amouraché (Fram) et les Cages thoraciques (Le Cormier), ainsi que de réflexions sur le métier du spectacle : le Triomphe du saltimbanque parle de comédiens voyageurs et la Solitude du marin dans la forêt de la magie de la marionnette. Il a également publié une biographie voyageuse de Blaise Cendrars, Blaise Cendrars, brasier d’étoiles filantes (Transboréal).

 

Ce que Laurence Vielle nous dit de Timotéo Sergoï :

Ce matin, 13 mars 2020, un peu chaos après les annonces de la veille,

je marchais à Bruxelles dans les rues de Saint-Gilles

et j’ai été happée, déboulonnée, ravie, revigorée, réchauffée, réanimée,

par les messages poétiques de Timotéo disséminés dans la ville.

il y en a VINGT en lettres immenses, sur les façades, les palissades, les murs, les vitrines…

En voici quelques-uns : D’après google, vous êtes ici. Je suis heureux de te savoir en vie. (…)

Timoteo Sergeï est un coureur de fonds de la poésie

un bouleverseur de syllabes

un jardinier des lettres

un tagueur de murmures

un révolutionnaire frivole

un réenchanteur de béton.

Avec lui, les murs ont des bouches,

les mousses qui roulent n’amassent pas pierres

les langues sortent 7777 fois des bouches

et les pensées se décousent voluptueusement

Il est un lanceur d’alertes frémissantes

un vibreur des comètes

un empreinteur de ciboulots

un danseur du verbe

un autocolleur foudroyant

Avec lui c’est la poéVie qui se tatoue sur nos coeurs.

Il est plus que jamais nécessaire et vital

de coller les poèmes de Timotéo sur tous les murs de nos villes, de nos maisons,

sur les arbres de nos campagnes, les boites aux lettres du monde entier;

Mieux que les ondes de nos radios, de nos postes, de nos écrans qui distillent des messages alarmistes et foudroyants, les autocollants de Timotéo sont des secousses sismiques, des vibrations papillonnesques, des désirs frémissants,

c’est la G 5555 de nos pensées.

Je vous le dis, le 13 mars 2020, ce n’est pas une fin,

c’est le début d’une poésie virale,

et Timotéo le pandémiste des mots qui touchent et font mouche,

en est le royal empereur.

Merci Timoteo !

 

 

La poésie c’est le parfum de la résistance.

Lawrence Ferlinghetti, "Poésie, art de l’insurrection", Éditions Maelström, 2012

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