Laurence Vielle lit la poésie

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Laurence Vielle lit "Dans ma maison" de Jacques Prévert

Chaque jour, la poétesse Laurence Vielle fait sonner, scander, rythmer de son souffle lumineux les mots des poètes et poétesses, et notamment de poètes belges. Découvrez une fable de Jacques Prévert, issue du recueil "Poésie", publié en 1949 aux éditions Gallimard.


Dans ma maison… – Jacques Prévert

 

Dans ma maison vous viendrez

D’ailleurs ce n’est pas ma maison

Je ne sais pas à qui elle est

Je suis entré comme ça un jour

Il n’y avait personne

Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc

Je suis resté longtemps dans cette maison

Personne n’est venu

Mais tous les jours et tous les jours

Je vous ai attendue

Je ne faisais rien

C’est-à-dire rien de sérieux

Quelquefois le matin

Je poussais des cris d’animaux

Je gueulais comme un âne

De toutes mes forces

Et cela me faisait plaisir

Et puis je jouais avec mes pieds

C’est très intelligent les pieds

Ils vous emmènent très loin

Quand vous voulez aller très loin

Et puis quand vous ne voulez pas sortir

Ils restent là ils vous tiennent compagnie

Et quand il y a de la musique ils dansent

On ne peut pas danser sans eux

Faut être bête comme l’homme l’est si souvent

Pour dire des choses aussi bêtes

Que bête comme ses pieds gai comme un pinson

Le pinson n’est pas gai

Il est seulement gai quand il est gai

Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste

Est-ce qu’on sait ce que c’est un pinson

D’ailleurs il ne s’appelle pas réellement comme ça

C’est l’homme qui a appelé cet oiseau comme ça

Pinson pinson pinson pinson

Comme c’est curieux les noms

Martin Hugo Victor de son prénom

Bonaparte Napoléon de son prénom

Pourquoi comme ça et pas comme ça

Un troupeau de bonapartes passe dans le désert

L’empereur s’appelle Dromadaire

Il a un cheval caisse et des tiroirs de course

Au loin galope un homme qui n’a que trois prénoms

Il s’appelle Tim-Tam-Tom et n’a pas de grand nom

Un peu plus loin encore il y a n’importe qui

Beaucoup plus loin encore il y a n’importe quoi

Et puis qu’est-ce que ça peut faire tout ça

Dans ma maison tu viendras

Je pense à autre chose mais je ne pense qu’à ça

Et quand tu seras entrée dans ma maison

Tu enlèveras tous tes vêtements

Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge

Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc

Et puis tu te coucheras et je me coucherai près de toi

Voilà

Dans ma maison qui n’est pas ma maison tu viendras.

Poète, scénariste, parolier et artiste français, Jacques Prévert est né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine et mort le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite. Auteur de plusieurs recueils de poèmes, il devient célèbre par son recours à un langage simple et familier et à de multiples jeux sur les mots. Bien connus dans le monde francophone, ses poèmes sont souvent enseignés dans les écoles françaises. A côté de son œuvre poétique, Jacques Prévert s’est également illustré par des sketchs et des chœurs parlés destinés au théâtre, ainsi que des chansons, des scénarios et des dialogues pour le cinéma. On lui doit en outre de nombreux collages sonores réalisés à partir des années 1940.

 

Voici ce que Laurence Vielle nous dit de Jacques Prévert :

Jacques Prévert, le dire, le lire, l’entendre : un enchantement. J’aime aussi sa poésie plus militante. Par exemple ceci, "Le soleil ne brille pas pour tout le monde", écrit en 1931 : "Le soleil brille pour tout le monde, il ne brille pas dans les prisons, il ne brille pas/pour Ceux qui travaillent dans la mine, pour Ceux qui écaillent le poisson, Ceux qui mangent la mauvaise viande ; Ceux qui fabriquent les épingles à cheveux, Ceux qui soufflent vides les bouteilles que d’autres boiront pleines, Ceux qui coupent le pain avec leur couteau, Ceux qui passent leurs vacances dans les usines […]".

 

Poésie, la fiction suprême.

Lawrence Ferlinghetti, "Poésie, art de l’insurrection", Éditions Maelström, 2012

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