La Touche Opéra

Plus d'infos

Les Noces de Figaro de Mozart à l'ère des réseaux sociaux et du mouvement "me too"

C’est l’un des événements lyriques belges de l’année, la Trilogie Mozart Da ponte a commencé au Théâtre de La Monnaie. Nicolas Blanmont nous parle du premier opéra de cette trilogie, Les Noces de Figaro.

Peter de Caluwe, qui vient d’entamer son troisième mandat de six ans à La Monnaie a décidé de monter des cycles d’opéra, d’ailleurs, il y aura très certainement dans quelques années la tétralogie de Wagner. Mozart et Da Ponte ont collaboré sur trois opéras, Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi Fan Tutte. Mais ces trois opéras n’ont, a priori, aucun lien autre eux.

Et l’originalité du projet de cette Trilogie Mozart Da Ponte est justement de donner les trois opéras et de créer malgré tout une unité, fictive, entre les opéras.

Une unité créée de deux façons

Tout d’abord, grâce à la fameuse règle des trois unités : de temps, de lieu et d’action. Tout se passe dans un seul lieu, un seul décor commun aux trois opéras, à savoir un immeuble qu’on nous dit se trouver à Bruxelles. Et dans ce lieu unique se passe l’action des trois opéras : au deuxième étage se déroulent les Noces de Figaro, au premier étage et au rez-de-chaussée, on retrouve Cosi Fan Tutte et il y a le club sado maso de Don Giovanni.

La seconde manière de créer une unité, c’est à travers les personnages. Presque tous les chanteurs chantent au moins deux rôles – donc chantent dans deux opéras – et même pendant Les Noces de Figaro, on voit des actions qui se passent dans les deux autres opéras, dans d’autres pièces.

Modernisation de l’action

Cela se déroule à Bruxelles à l’époque actuelle, à l’heure des réseaux sociaux et du mouvement #metoo. Dans les Noces de Figaro, on retrouve la revendication du peuple pour l’abolition du droit de cuissage que le comte Almaviva a déjà plus ou moins accordé mais qu’il regrette.

Ici, cette thématique est transposée dans le monde actuel : le Comte Almaviva, qui est ambassadeur d’Espagne, est poursuivi par les médias car nous savons qu’il y a un scandale sexuel à l’ambassade d’Espagne.

A travers cette mise en scène, se pose une question : est-ce que l’art doit nous montrer les réalités d’aujourd’hui ou est-ce que l’art doit nous emmener ailleurs ? Ici, très clairement, l’art nous montre nos réalités d’aujourd’hui.

Un résultat convainquant

C’est convaincant car c’est fait avec beaucoup d’intelligence, avec un sens de l’organisation hallucinant. Il y a aussi une grande lisibilité dans la mise en scène, qui associe également des couleurs aux trois opéras, les Noces étant identifiées en bleu, Cosi en orange, couleur du manteau de judas, et Don Giovanni en rouge, couleur de la passion et de la violence.

Le défaut de cela, à l’image de notre époque, c’est qu’on nous force à voir plusieurs choses en même temps : l’action qui correspond à la scène qui est chantée, il y a toujours une autre action du même opéra, il y a également la vidéo qui filme en temps réel un détail d’autre chose, mais parfois l’image est décalée, mais il y a aussi toujours une scène d’un des deux autres opéras. Par exemple, pendant les Noces, on voit le corps du Commandeur assassiné par Don Giovanni évacué par deux pompiers. Il y a donc parfois une abondance – voire une surabondance – d’images qui distraient de la musique et c’est dommage. Mais sinon, c’est fait avec beaucoup d’intelligence.

A la direction musicale, maestro Manacorda

Manacorda fait partie de ces jeunes chefs nourris au mouvement baroqueux et qui sont capables, même avec un orchestre moderne comme celui de La Monnaie, de faire sonner un Mozart précis, net, un peu dégraissé.

Les chanteurs sont également remarquables.

La Trilogie Mozart Da Ponte se donne jusqu’au 28 mars à La Monnaie. C’est complet mais vous pouvez vous inscrire sur une liste d’attente. Musiq3 diffusera également les trois opéras dans les prochaines semaines.

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK