La Touche belge

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Tuur Florizoone sort son premier album solo : une rencontre inattendue avec la solitude de la nuit

Ensembles belgo-belges ou internationaux, aventures circassiennes, ateliers brésiliens avec Gilberto Gil ou concerts aux côtés de Manu Chao… L’accordéoniste et compositeur Tuur Florizoone est un homme de scènes et de contacts. Mais lors du confinement printanier, dans l’(extra) ordinaire de cette assignation à résidence, lui a été offerte une rencontre inattendue et capitale avec la solitude de la nuit.

Tuur Florizoone en sort un petit bijou de finesse et d’intimité : Night Shift, tout premier album solo en quinze ans de carrière.

Je pense que je défends très bien la musique belge.

Ce n’est pas son trio Tricycle, fait d’un Wallon à la contrebasse : Vincent Noiret, d’un Bruxellois au saxophone : Philippe Laloy et d’un Flamand lui-même à l’accordéon, qui laisserait penser le contraire.

Fier représentant de la scène jazz belge

Si l’on parle d’une identité jazz forte et ouverte à tous les vents, alors Tuur Florizoone en est assurément un fier ambassadeur. Le natif de Leuven a toujours multiplié les passages de frontières. C’est d’ailleurs à l’étranger qu’il a découvert son instrument de vocation. Bien engagé sur la voie du piano, Tuur Florizoone, adolescent, fréquente l’École du Cirque de sa ville. À l’âge de 14 ans, sa promotion est invitée à se produire en Hongrie. Avec son cachet, le jeune musicien achète sur place un accordéon, curieux d’essayer d’accompagner ses camarades circassiens sur un piano… à bretelles. C’est la révélation. Tuur et l’accordéon ne se quitteront plus, même si l’artiste continuera d’arranger et de composer la majorité de son œuvre sur un piano.

Vient ensuite un séjour au Brésil à 17 ans, où Florizoone a l’occasion d’apprendre auprès du grand Gilberto Gil.

Après une formation "dans nos bonnes écoles musicales belges", Tuur se lance avec gourmandise sur les pistes entrelacées du jazz et du voyage.

Une musique visuelle et cinématographique

Commence alors une carrière passionnée et passionnante où les rencontres sont légion. Tuur Florizoone fonde le trio Tricycle, avec lequel il enregistrait en 2019 un troisième album. Puis le trio Massot-Florizoone-Horbaczewski. Ensemble, ils enregistrent, entre autres, Secrets avec la chanteuse Claron McFadden, un disque marquant écrit à partir de témoignages anonymes : petits ou grands secrets. Citons encore Mixtuur, ce projet de fusion où gravitent, autour de l’accordéon, polyrythmies de percussions, chant congolais et instruments classiques. Et ce ne sont que quelques-unes de ses réalisations.

Et puis, il y a aussi, chez Tuur Florizoone, la captation quasi instantanée du lien "image-musique".

Vivre jeune les spectacles de cirque a donné au musicien un vrai regard.

La composition pour musique de film s’inscrit donc naturellement dans son parcours : il signe la bande originale du film Aanrijding in Moscou (2008), l’un des plus grands succès du cinéma flamand de ces dernières années (nommé au Festival de Cannes).

Et ce sont aussi des images qu’il nous donne à voir et à entendre dans son dernier album, en solo "15 paysages sonores cinématographiques et intimes avec, parfois, des vents et des percussions, produits par l’accordéon, qui évoquent tout ce monde intime et sensoriel découvert en plein cœur de la nuit".

Tuur Florizoone a écouté la nuit, sa tendresse et son mystère, son souffle ténu, ses craquements. En orfèvre, il a cherché à les traduire sur son éternel accordéon. Et il y est parvenu. Night Shift, paru sur son label Aventura Musica, est un album profond, feutré et ample à la fois, où l’instrument exprime toute la palette de ses couleurs organiques. On l’entend respirer et l’on respire avec lui.

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