La Touche belge

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A la découverte de la famille Fiocco qui a fait les beaux jours de la vie musicale bruxelloise des XVIIe et XVIIIe siècles

Dans sa Touche belge, Brigitte Mahaux nous propose de remonter le temps jusqu’au XVIIe siècle et nous présente plusieurs compositeurs bruxellois, issus de la même famille, les Fiocco, qui ont participé à l’essor musical bruxellois de la fin du XVIIe siècle.

Nous remontons le temps et revenons en 1681, quand le compositeur vénitien Pietro Antonio Fiocco se fixe à Bruxelles, notre fière capitale qui est, à cette époque, non pas encore de la Belgique d’aujourd’hui, mais bien celle des Pays-Bas méridionaux.

Mais qui est ce Pietro Antonio Fiocco ?

On ignore tout de la formation musicale de Pietro Antonio Fiocco et on n’a jamais vraiment connu les raisons qui l’ont poussé à s’installer à Bruxelles… Catholique, et assez porté sur la musique sacrée, il aurait trouvé plus d’opportunités dans "notre" capitale catholique qu’en pays protestants. Avant de poser ses valises à Bruxelles, il avait travaillé, entre autres, auprès de l’opéra d’Amsterdam ou encore à la cour de Hanovre.

Un an après son arrivée à Bruxelles, Fiocco, âgé de 28 ans et déjà veuf d’un premier mariage à Amsterdam, épouse Jeanne de Laetre, qui devient sa deuxième épouse. Avec elle, Pierre Antoine Fiocco aura trois enfants dont le compositeur Jean-Joseph Fiocco.

Fiocco s’intégrera très vite dans la société bruxelloise, il recevra la protection du prince Eugène-Alexandre de Tour et Taxis et c’est sans doute ce prince qui le fait nommer maître de musique de l’église Notre-Dame du Sablon.

Il a donc eu bien raison, Pietro Antonio Fiocco, de venir s’installer à Bruxelles, d’autant plus qu’à partir de 1691, la vie musicale bruxelloise va connaître un vrai essor grâce au nouveau gouverneur Maximilien-Emmanuel de Bavière.

Fondateur du premier théâtre lyrique Bruxellois

Maximilien-Emmanuel de Bavière est Passionné de musique, il chante, danse et joue de la guitare, de la harpe et de la viole de gambe. Il aime le luxe et le faste d’une cour musicale et va soutenir Fiocco, qui, depuis quelques années, essaye d’installer à Bruxelles un opéra, comme en Italie.

Mais le compositeur se confronte à des tracasseries administratives… Le Gouverneur lui donne un coup de pouce et en 1694, il ouvre un premier théâtre lyrique à Bruxelles, qui en 1700, devient, le premier opéra public "belge", l’Opéra du Quai au Foin qui sera fermé en 1697 pour laisser la place, trois ans plus tard à La Monnaie…

Ensuite, Pietro Antonio Fiocco deviendra aussi Maître de la musique de la cour de Bruxelles. Il ne sera par contre jamais maître de musique à Sainte-Gudule, mais sa musique y a été régulièrement interprétée, et de nombreux manuscrits proviennent du fond musical de la cathédrale.

Fiocco connaîtra un deuxième veuvage et une troisième union, de laquelle naîtront 11 enfants… Parmi eux, le huitième enfant, du nom de Joseph Hector, qui naît en 1703 à Bruxelles.

Dans la famille Fiocco, nous demandons Joseph Hector et Jean Joseph

A la mort de Pietro Antonio Fiocco en 1714, Jean Joseph Fiocco, né de la deuxième union de Pietro, maître de chapelle au Sablon et à la chapelle ducale, prend sous son aile son jeune demi-frère Joseph Hector et continue son éducation musicale. Il faut dire que ce petit Joseph Hector fait partie, dès son plus jeune âge, des ensembles dirigés par son papa, d’abord, puis son grand frère.

Joseph Hector sera organiste et claveciniste et on a retrouvé un très intéressant recueil de pièces pour clavecin publié de son vivant et où se manifeste l’influence française, notamment de Couperin. Ces pièces pour clavecin ont été transcrites pour piano par
Emmanuel Durlet, éminent pianiste anversois du début XXe siècle.

Et elles ont en tout cas des noms aussi poétiques que ceux que l’on pouvait inventer à l’époque, comme, "l’inconstante", "l’inquiète", "la villageoise", ou encore "la tendresse"…

En 1978, Ton Koopman enregistrait chez Astrée un double album des pièces de clavecin dédiées "à son Altesse Monseigneur le Duc d’Arenberg", signées par Joseph Hector Fiocco, maître de chapelle de la cathédrale d’Anvers.

Joseph Hector a en effet 28 ans quand, à Anvers, il succède à Willem de Fesch écarté pour maltraitance des enfants de chœur. Six ans plus tard, J-H Fiocco revient à Bruxelles, comme maître de chapelle de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule et il le restera jusqu’à sa mort, à seulement 38 ans… et c’est à la Cathédrale que sa veuve léguera tous ses écrits. Aujourd’hui, ils se trouvent à la Bibliothèque Royale et au Conservatoire de Bruxelles.

Une œuvre de musique essentiellement sacrée avec, parmi ses trois messes concertantes, son œuvre maîtresse : sa Missa solemnis. On y a vu une influence française, notamment de Charpentier, et la messe en si de Bach n’est pas loin. Et puis un y entend une grandeur qui fait penser à Haendel, qui était son aîné de 18 ans…

De plus, J-H Fiocco a écrit aussi de nombreux motets et au sein de ceux-ci, un Alleluija qui pourrait faire penser à un certain messie…

Ce motet se retrouve sur un disque de Motets de Scherzi Musicali sous la direction de Nicolas Achten, sorti en 2017 sous le label "Musique en Wallonie". En introduction de son interprétation, Nicolas Achten écrit :

"La musique de Joseph-Hector Fiocco frappe par sa qualité, sa richesse d’idées et le souffle qui la traverse. Ses mélodies accrocheuses donnent souvent l’impression à qui les écoute de déjà les connaître : la vocalité prime toujours, les lignes sont souples, amples et élégantes. D’une plume ferme et inspirée, Joseph-Hector Fiocco s’affirme comme un compositeur de premier ordre, au langage bien personnel, empli de sensualité et de lumière."

De nombreux Belges ont enregistré des œuvres de Joseph Hector Fiocco, on peut citer un enregistrement de la basse belge Jules Bastin, ou encore celui de la soprano Greta de Rijghere, du baryton Jan van der Crabben, de la Capella Brugensis, du Collegium instrumentale brugense…

 

Découvrez la famille Fiocco qui fit les beaux jours musicaux de Bruxelles dans la Touche belge de Brigitte Mahaux

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