La symphonie fantastique

Plus d'infos

Pablo Picasso et les Ballets Russes : de la "Parade" de Satie au "Tricorne" de Manuel de Falla

Le Tricorne est un ballet commandité par Sergeï Diaghilev à Manuel de Falla. Parmi les artistes qui ont collaboré à cette œuvre, on retrouve le chorégraphe Léonide Massine et un certain Pablo Picasso, qui se chargea de créer les costumes et les décors du ballet.

Emission d’Elsa-Line Huwyler de la RTS

Un ballet purement espagnol

Sergeï Diaghilev est un imprésario de génie, fondateur des fameux Ballets Russes, l’une des compagnies de danse les plus influentes du début du XXe siècle. A partir de 1916, en plein pendant la Première Guerre mondiale, Diaghilev et sa compagnie ont trouvé refuge en Espagne, où ils furent aidés par le roi Alphonse XIII, grand admirateur des Ballets Russes. Pour montrer sa reconnaissance auprès du roi, Diaghilev rêve de monter un ballet purement espagnol, lui qui se passionne pour les danses folkloriques.

Après la tentative manquée de Les Meniñas, duquel émanait l’ambiance espagnole mais dont la musique était composée par un Français (Fauré) et dont la danse était d’inspiration purement classique, il se tourne vers Manuel de Falla. En 1917, Diaghilev et son compatriote chorégraphe Léonide Massine sont invités à assister à la première représentation de la pantomime El corregidor y la molinera, composée par Manuel de Falla. Fortement impressionnés par cette œuvre Diaghilev et Massine proposent à Manuel de Falla d’en faire un ballet et de composer la partition pour un grand orchestre, ce que le compositeur espagnol acceptera.

Pour que "l’idéal espagnol" de Diaghilev se réalise, il propose à Pablo Picasso de réaliser les décors et les costumes. Pour la chorégraphie, Massine se fait conseiller par le danseur Félix Fernandez, spécialiste de flamenco. Ce dernier apprend à l’ensemble des Ballets Russes l’art de la danse folklorique.

La chorégraphie, imaginée par le jeune Léonide Massine, est une véritable réussite, une fusion entre la technique classique du ballet et les danses folkloriques espagnoles, telles que le flamenco, fandango, jota, farruca, zappateados.

L’histoire du ballet est celle d’un gouverneur de province, coiffé d’un tricorne, qui tombe amoureux d’une belle meunière. Elle est mariée et se moque un peu de la cour qu’il lui fait. Pour mieux pouvoir la séduire, il fait arrêter et emprisonner son époux. Ce qui lui permet de se rendre, en toute tranquillité, à leur domicile. La meunière affolée s’enfuit et dans sa course, pousse le gouverneur dans l’eau. Complètement trempé, il prend des vêtements du meunier pour se mettre au sec et s’endort sur le porche de la maison. Après bien des péripéties, toutes aussi cocasses les unes que les autres, le mari parvient à s’évader et retrouve sa femme. Pendant ce temps, les villageois découvrent le gouverneur. Il est raillé, rossé et fort heureusement secouru par ses gardes.

Le ballet fut finalement créé en juillet 1919, à l’Alhambra de Londres.

Un décor, des costumes et un rideau de scène signés Pablo Picasso

Pablo Picasso s’est lancé corps et âme dans la réalisation des décors et costumes de ce ballet, qui le replongeait dans ces racines andalouses. Ce n’est pas la première fois que Pablo Picasso travaille pour les Ballets Russes : déjà en 1916, Picasso, qui avait rencontré Diaghilev par l’intermédiaire de son ami Jean Cocteau, avait élaboré les décors et les costumes du ballet Parade, dont la musique était composée par Erik Satie.

D’ailleurs, l’intérêt que porte Picasso à l’art de la danse remonte bien avant sa collaboration avec les Ballets Russes et on retrouve dans son œuvre picturale et dans ses dessins de nombreuses références à la danse.

3 images
Costumes du ballet "Le Tricorne" de Manuel de Falla peints par Picasso © Tous droits réservés

Cette période de collaboration entre Pablo Picasso et les Ballets Russes coïncide avec la distance picturale que prend Picasso vis-à-vis du cubisme. En travaillant pour la danse, il revient au figuratif. Pour le ballet Le Tricorne, ses nombreuses esquisses laissent à penser qu’il a beaucoup travaillé, cherché, expérimenté avant d’arriver au résultat final.

Les costumes produisaient une orgie de couleurs, dans un style typiquement andalou. Le décor, quant à lui était très sombre, les couleurs pâles, tel des bâtiments dont les murs et les toits étaient décolorés par le soleil.

Et sans oublier le rideau de scène que Pablo Picasso a imaginé pour transmettre l’ambiance espagnole. En effet, il a choisi de ne pas représenter une des scènes du ballet mais bien une scène typiquement espagnole. La peinture rectangulaire représentant un groupe de spectateurs – un homme portant une cape rouge, quatre femmes en mantilles blanches et un garçon vendant des oranges – dans une loge sous une arcade donnant sur une arène. Un combat vient juste de prendre fin et l’arrastre (attelage de chevaux) est en train de sortir le taureau mort. A l’arrière-plan se tient un picador à cheval. Un vol d’hirondelles traverse l’arène.

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK