La symphonie fantastique

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Darius Milhaud, Blaise Cendrars et Fernand Léger réunis autour du ballet La Création du monde

1923. Paris est une fête, et la vie culturelle gravite autour du fameux Bœuf sur le toit. Darius Milhaud, membre du Groupe des Six, se lance dans la composition d’un ballet sur un thème africain : La Création du monde. Car à cette époque, l’art "nègre" concentre tous les fantasmes : on imagine le continent africain comme une terre innocente, épargnée par les atrocités occidentales…

Le ballet La Création du monde, une communion des arts

Le ballet de danse classique La Création du monde est le fruit d’une collaboration entre le compositeur Darius Milhaud qui en écrit la musique, l’auteur Blaise Cendrars qui rédige le livret et le peintre Fernand Léger qui réalise les décors et les costumes. Le ballet fut créé Théâtre des Champs-Élysées à Paris le 25 octobre 1923, sous la direction de Rolf de Maré, fondateur des Ballets suédois, compagnie de danse pour qui le ballet fut créé.

Dans ce spectacle où se mêlent les arts, les trois artistes s’inspirent de "l’art nègre" (on ne parlait pas encore d’art africain), très en vogue à Paris dans les années 1920 : les couleurs vives se mêlent aux sonorités nouvelles, inspirées du jazz que Darius Milhaud ramène de ses voyages sur le continent Américain.

L’influence de l’art traditionnel africain et du jazz

L’argument du ballet est tiré de l’Anthologie Nègre de Blaise Cendrars, paru en 1921. Ce dernier projette d’en faire un ballet pour la compagnie de danse Les ballets suédois et pense tout de suite à Fernand Léger pour les costumes et les décors. Ensemble, ils proposeront à Milhaud, tout juste rentré d’Amérique, pour en composer la musique. Les trois artistes imaginent une scénographie résolument moderne, avec une musique syncopée de rythmes de jazz.

Ce ballet représente la légende des origines, remaniée par Cendrars, la genèse du monde selon les contes et les mythes africains : le ballet s’ouvrirait sur le chaos avec, autour d’une masse centrale informe, trois déités tenant conseil. La masse s’animerait, prendrait forme, agitée par les soubresauts, elle vomirait la vie végétale et de celle-ci naîtraient les animaux, puis l’Homme et la Femme. Le ballet continuerait avec une danse, la danse du désir çà laquelle se mêleraient sorciers et êtres informes. Et puis soudain, tout s’apaiserait, la ronde se disperserait, l’homme et la femme resteraient seuls et dans leur isolement, échangeraient un baiser, un baiser porteur du printemps.

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Le décor et les costumes imaginés par Fernand Léger étaient hauts en couleur. Il avait cherché à créer un décor cubique original, très coloré… Les couleurs ethniques ancraient le ballet dans sa terre d’origine, l’Afrique. Ils avaient vu les choses en grand et certaines parties du décor allaient mesurer jusqu’à six mètres de haut.

"La presse est ignoble, je jubile"

L’œuvre fut créée le 25 octobre 1923 au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. A la fin du ballet, le public plébiscita l’œuvre qui avait séduit la foule. Mais la critique fut consternée. Certains critiques dirent à Milhaud que son œuvre était morne et que sa musique, bien que savante, elle était froide, râpeuse, hérissée de piquant. Plus les critiques affluaient, plus Milhaud était enchanté. Il écrivit à l’un de ses amis : "La presse est ignoble, je jubile."

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