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Marche pour la Cérémonie des Turcs, une parodie de musique de cérémonie signée Jean-Baptiste Lully

Alors que nous célébrerons prochainement, au début de l’année 2022, les 400 ans de la naissance d’un certain Jean-Baptiste Poquelin, plus connu sous le nom de Molière, Céline Scheen nous parle, dans sa passion pour le baroque, de l’une des compositions d’un autre Jean-Baptiste, Lully, indissociable de Molière : La Marche pour la cérémonie des Turcs, issue de la comédie-ballet Le Bourgeois Gentilhomme.

Lully naît à Florence en 1632. Très tôt, il manifeste un talent de génie pour la musique et le chant. Issu d’une famille modeste de meuniers, il se produit sur les places publiques, dans les rues ou lors des fêtes de carnaval.

Il capte très vite l’attention d’un envoyé du roi, chargé de ramener en France un florentin pour donner cours d’Italien à une jeune duchesse. Il fréquente alors la bourgeoisie et entre très vite au service du roi comme compositeur et violoniste. Il dominera de manière fulgurante la vie musicale en France à l’époque du fameux Roi-Soleil, jusqu’à sa mort, tristement célèbre ; lors d’une répétition du Te Deum qui devait se jouer pour la guérison du roi, n’obtenant pas ce qu’il voulait des musiciens, Lully, d’un tempérament explosif s’emporte et se frappe violemment un orteil avec son bâton de direction.

À l’époque, point de petite baguette souple, virevoltante et légère ! Le bâton de direction était une longue et lourde canne, surmontée de rubans et de pierres précieuses. Il servait à battre la mesure en frappant le sol en rythme.

La blessure s’infecte, et malgré une amputation, la gangrène se propage au reste du corps et infecte en grande partie son cerveau, jusqu’à lui arracher son dernier souffle.

La Marche pour la Cérémonie des Turcs est une musique de Ballet extraite du "Bourgeois gentilhomme" de Molière. L’orchestre des "Vingt-Quatre Violons du Roi" est formé de cordes, de flûtes, hautbois et bassons. Spécialement pour ce ballet, Lully y ajoute des tambours et des tambours basques.

"Le Bourgeois gentilhomme" est une comédie ballet en cinq actes, un genre inventé par Molière, un genre qui mêle théâtre, musique, et danse.

La pièce met en scène Monsieur Jourdain, un riche bourgeois, qui veut imiter le comportement des aristocrates. Un personnage tourné en ridicule par Molière qui le montre dans des situations cocasses et ridicules.

La Marche ouvre l’acte quatre. La scène de la cérémonie des Turcs est destinée à faire de Monsieur Jourdain un Mamamouchis, une personne qui se donne des airs supérieurs sans en avoir réellement conscience.

Il se dit que Louis XIV aurait profité de cette scène pour "rendre la monnaie de sa pièce" à un grand ambassadeur turc qui l’avait snobé et lui avait fait très mauvaise impression.

L’art et la politique, une histoire vieille comme le monde !

Lully compose cette parodie de musique de cérémonie qui donne l’impression à Monsieur Jourdain de vivre un moment unique !

La mélodie est simple à retenir. Elle invite forcément à la danse, avec ses élans et ostinatos rythmiques.

Dès les premières notes, tout est fait pour créer un caractère solennel. La tonalité de sol mineur, les rythmes pointés, semblables aux ouvertures d’opéra et censés représenter la marche du Roi-Soleil, les grands accords joués dans une nuance "forte", et les mélodies qui se répètent. La pièce est miniature, la tessiture peu étendue, les répétitions offrent presque un trajet d’exploration des timbres.

Elle a été utilisée dans de nombreux films et documentaires, tant elle est typée. Et la version que nous propose Céline Scheen est celle de l’ensemble Musica Antiqua Koln et Reinhart Goebel, une commande pour le film "Le roi danse" de Gérard Corbiau.

L’orchestre et les percussions s’étoffent au fil des reprises et Reinhard Goebel se permet une accélération du tempo, donnant un effet d’urgence intéressant qui traduit l’esprit caustique et moqueur de la scène.

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