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La Passion selon Céline Scheen : les Barricades Mystérieuses de François Couperin

La passion de la soprano Céline Scheen, c’est la musique baroque. Et c’est son parcours qui lui donne sa légitimité : elle a une vision globale du monde de la musique ancienne (tant les spécificités des chanteurs que les lieux dédiés à ce style, en passant par les ensembles, les formes musicales ou les instruments spécialisés). C’est cette passion et cette connaissance "du terrain" qu’elle nous transmet chaque lundi dans l’émission Bonjour, Bonsoir de Vincent Delbushaye.

Et pour sa première chronique, la soprano Céline Scheen a choisi de nous parler d’une œuvre qui est très chère à son cœur, Les Barricades Mystérieuses de François Couperin.

Bon nombre de mes amis froncent délicatement le nez quand je leur parle de Musique Ancienne. Je vais donc tenter de vous mettre l’eau à la bouche, en vous ouvrant mon cœur, pour vous éclabousser de ce qu’elle peut déclencher de si riche et de sublime.

Souvent, je me souviens précisément du lieu, de l’instant précis, de la profondeur de cette seconde où la musique m’attrape et me capture. Je suis certaine que c’est pareil pour vous… Parfois, il reste même une odeur, une couleur… un goût…

Pour moi, cette musique a un goût de ma jeunesse et l’odeur de la Toscane.

Cet été-là, Christophe Rousset la jouait au clavecin dans la magique cour intérieure de la Fondazione La Chigiana au cœur de Sienne, sous une voûte étoilée…

Depuis, chaque fois, elle m’emporte, m’élève… Et son titre poétique ouvre la porte de tout un monde intérieur.

"Les Barricades mystérieuses".

Nous évoque-t-il les entraves à la communication humaine ? Les barrières entre passé, présent et futur ? La limite entre la vie et la mort ? La barrière entre l’immanent et le transcendant ?

Cette pièce écrite pour le clavecin par le compositeur François Couperin se présente sous forme de Rondeau, variante de la traditionnelle Romanesca.

A la première écoute, cette musique semble tout à fait innocente, inoffensive. Mais aussi inexplicable. Plutôt régulière mais insaisissable. Facile à écouter, mais sans thème. Infini, sans début ni sans fin. C’est comme si de mystérieux dessins étaient couchés sous la surface chatoyante de la musique, la faisant sans cesse se retourner sur elle-même.

Vous allez probablement retenir votre souffle tant elle est caractéristique du style brisé…

Ces petites "brisures", c’est probablement exactement ce qui me coupe le souffle et me fait l’aimer tant…

Certains relient le titre aux caractéristiques de la musique elle-même, les suspensions dans le style luthé étant une barricade à l’harmonie de basse, génératrice d’une impasse énigmatique.

Le chevauchement de mélodies et l’utilisation variée du rythme créent un effet chatoyant, comme kaléidoscopique.

Un séduisant trompe-l’œil sonore qui m’évoque presque des images de mathématiques fractales !

La partition allie étrangement une certaine vivacité, avec un caractère mélancolique et mystérieux.

Les versions disponibles sont plus belles les unes que les autres, et il fallait choisir… Je vous recommande celle de Christophe Rousset et de mes premiers émois avec cette œuvre, mais je vous la ferai écouter aujourd’hui sous les doigts du théorbiste Daniel Zapico.

C’est un extrait de son magnifique disque "Au monde" sorti cette année. Daniel Zapico y caresse la musique de ce magnifique instrument qu’est le théorbe. Celui de toutes les douceurs, avec la profondeur de ses basses et son timbre enveloppant qui cristallise le temps d’une manière hypnotique.

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