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"Jim Crow", symbole du préjugé racial, illustré en musique

Savez-vous qui est Jim Crow et quelles sont ces lois qui portent son nom et qui ont obscurci une partie du XXe siècle américain ? À l’occasion de son émission consacrée au Blues – diffusée le samedi 16 octobre sur Musiq3 -, Hélène Van Loo vous propose de vous plonger dans le contexte histoire de ce chef-d’œuvre musical.

L’apparition des minstrels shows

L’apparition des minstrels shows est l’un des phénomènes les plus symboliques et les plus aberrants de la condition noire aux Etats-Unis.

Nous sommes au début du XIXe siècle, un chanteur blanc du nom de Georges Washington Dixon décide de se maquiller en noir pour se donner en spectacle sous les traits d’un esclave du Sud, en imitant vulgairement les chants de plantations.

Cette formule qui se prétend humoristique connaît aussitôt un vif succès auprès du public blanc.

L’année suivante, Thomas “Daddy” Rice, un autre blanc, propose alors une chanson baptisée Jim Crow dans laquelle il donne une peinture grossière et caricaturale d’un garçon d’écurie, noir et boiteux…

Ce morceau cynique et sinistrement célèbre garde encore aujourd’hui tout son sens, comme l’expression "Jim Crow" reste aujourd’hui synonyme de raciste.

Jim le Corbeau c’est le symbole du préjugé racial.

Symbole de la Ségrégation raciale

Le terme "Jim Crow" devint progressivement une manière de désigner les Afro-Américains et donne son surnom aux lois Jim Crow qui organisent la ségrégation raciale juste après la guerre de Sécession. Dès 1865, le Mississippi publie une série de lois et en 1890 l’Etat inscrit dans sa nouvelle constitution des dispositions qui privent les Noirs du droit de vote. La Caroline du Sud suivra son exemple 8 ans plus tard, suivie par l’Alabama, la Caroline du Nord, La Virginie, La Géorgie, et l’Oklahoma.

Les espoirs nés de l’émancipation, de la promulgation du 13e amendement interdisant l’esclavage, du 14e amendement inscrivant les droits civiques dans la Constitution et du 15e amendement interdisant à tout Etat de priver un citoyen de ses droits en raison de sa race, sont balayés d’un revers de plume.

Dès lors, transports, accès aux lieux publics, logement et bien d’autres aspects de la vie quotidienne sont progressivement soumis aux lois Jim Crow…

Cette situation se trouve rapidement officialisée au plan fédéral. En 1883, la cour suprême ouvre la porte aux exactions opérées par des particuliers ou des organisations en vidant le 14e amendement de tout son sens. Et elle sera renforcée une dizaine d’années plus tard lorsque la Cour rend l’arrêt "Plessy contre Ferguson" : Noirs et Blancs sont égaux mais séparés.

Les ségrégationnistes se réclameront de cet arrêt jusqu’en 1954. Date à laquelle il est déclaré inconstitutionnel.

Cette décision historique marque non seulement le démantèlement de la ségrégation institutionnalisée mais aussi le début de la lutte pour les droits civiques qui dominera la décennie suivante. 

 

La voix de Nina Simone

Nous sommes au Carnegie Hall en mars 1964. Nina Simone donne un concert durant lequel elle lance un provocant "Vous tomberez tous comme des mouches" à un public majoritairement blanc. Nina s’est trouvé une cause pour catalyser sa passion dévorante. C’est le début de la période où elle oriente toute sa musique explicitement vers les droits civiques.

C’est la période de son célèbre "Mississippi Goddamn", sorti en single à l’époque. Et puis, ce sont aussi des chansons telles que "Old Jim Crow", au message politique plus métaphorique. Old Jim Crow est l’une de ces plus vibrantes protest song, relatives à la situation raciale des États-Unis. 

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