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Quand l'inspiration vient en pédalant : ces compositeurs passionnés de vélo

Quand l'inspiration vient en pédalant : ces compositeurs de musique classique passionnés de vélo
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Quand l'inspiration vient en pédalant : ces compositeurs de musique classique passionnés de vélo - © Getty Images

En ce jeudi 3 juin, nous célébrons la Journée Mondiale pour le vélo. A cette occasion, nous vous proposons de nous pencher sur les rapports qu’entretenaient certains compositeurs avec cet engin roulant, au travers d’une thématique développée par Adèle Molle en 2019, à l’occasion du départ du Tour de France qui démarrait exceptionnellement en Belgique, pour célébrer les 50 ans de la première Victoire d’Eddy Mercks sur le Tour.

Edward Elgar et son Mister Phoebus

Et en tête de peloton des compositeurs liés au vélo : "gant de cuir et moustache taillé en guidon", telle était la description que l’on faisait du compositeur anglais Edward Elgar, qui pour la petite histoire s’était acheté un nouveau vélo le même mois que celui de l’annonce de la naissance du Tour de France… et cela n’a rien d’une coïncidence. En effet, Elgar était un fou de vélo – certes pas depuis très longtemps puisque ce n’est qu’en 1900 qu’il a appris à en faire, soit trois ans seulement avant la première édition du Tour.

Il était tellement fou de vélo qu’il avait même donné un surnom au sien : Mister Phoebus un beau vélo de la marque britannique Sunbeam. Il existe une sculpture en bronze qui a immortalisé les deux copains !

En 1904, lorsqu’Elgar est anobli, il décide de parcourir l’Angleterre grâce à la force de ces gambettes et du pignon pour aller l’annoncer à son père ! Et on sait que c’est en pédalant seul ou accompagné par son amie Rosa Burley – c’est elle d’ailleurs qui lui avait donné le goût du vélo – que l’inspiration lui venait !

On écoute donc une de ces partitions écrites dans ces années-là, en 1904. Il s’agit de sa première symphonie qui cache peut-être derrière ses mélodies des heures et des heures de balade à vélo.

Elgar – Symphony n°1 – II. ALLEGRO
Daniel Barenboim dir. Staatskapelle Berlin

Josef Stauss et le vélocipède

C’est au XIXe siècle que le vélocipède fait son apparition, au départ sous forme de draisienne inventée par Karl Drais qui lui donna son nom. La draisienne n’a pas de pédale et consiste à donner une impulsion avec les pieds. Vingt ans après sa création, la draisienne s’équipe de pédales et on peut donc rouler sans toucher le sol, mais on n’en est pas encore à la pédale telle qu’on la connaît aujourd’hui. Tente ans passent encore avant que Pierre et son fils Ernest Michaux n’inventent la Michaudine, ou vélocipède à pédales.


Pierre Michaux était réparateur de draisienne à Paris et son fils Ernest se plaignait de devoir toujours lever les jambes. Ni une ni deux, le père bon bricolo installe des manivelles censés mettre en mouvement la roue avant, et il transforme son invention en véritable succès commercial : le vélocipède est un succès commercial et emballe le fils de Napoléon qui se met en tête de convertir au vélo toute la cour !

Et pendant ce temps-là, celle de Vienne danse sur le vélocipède, celui de Josef Strauss à qui il dédie un de ses valses…

Josef Strauss
Vélocipède, Polka schnell Op.259 Wiener Philharmoniker et Lorin Maazel

Retour en 1912, une année très importante pour le cyclisme belge. C’est en effet en 1912 – lors de la 11e édition du Tour de France – que des cyclistes belges ont été autorisés à concourir. Une grande année pour le cyclisme belge, d’autant plus qu’elle a vu la victoire d’un Belge, un certain Odyle Defraye (1888-1965).

Une victoire qui a largement contribué à populariser le Tour de France en Belgique ! Et 100 ans plus tard, on constate que c’est toujours le cas ! Le départ du Tour à Bruxelles cette année illustre ce lien étroit entre les deux pays.

Gustav Mahler ne saura jamais rien de tout ça, et pour cause, il est mort en 1911. 1912 est l’année de la création posthume de sa 9e symphonie à Vienne… Vous vous demandez que vient faire Mahler à propos de cyclisme ? Eh bien c’est qu’il était un grand adepte de vélo ! On a même retrouvé une lettre où il écrit noir sur blanc :

Tout le monde m’admire sur mon vélo… Je semble être vraiment un cycliste né, il n’y a qu’avec la sonnette que j’ai des problèmes !

Nous parlions du vélocipède qui a vu le jour en France dans les années 1860, pour se diffuser, 30 ans plus tard, un peu partout en Europe et jusqu’au faubourg de Hambourg visiblement puisqu’en 1895 Mahler qui y résidait s’impatientait de commencer les cours pour apprendre à en faire. Et il se prend d’ailleurs de passion pour cette activité qui est une véritable mode en Europe. Passion dangereuse, puisque 2 ans plus tard, son enthousiasme a failli lui coûter la vie.

George Dyer et Francis Bacon

Et si on corsait un petit peu notre sujet en y ajoutant une discipline, la peinture ? Comment s’entrecroisent ces trois activités ?

Les protagonistes de cette énigme sont le cycliste George Dyer, le peintre Francis Bacon et le compositeur Gérard Schurmann.

Dans cette histoire tragique qui finira par le suicide du cycliste en question, George Dyer et Francis Bacon sont amoureux, le premier inspire l’autre, le second le harcèle, et le peint inlassablement, faisant de son portrait son obsession, on connaît les 3 études de George Dyer où l’on voit son visage en gros plan, déformé, yeux fermés, nez écrasé sur fond noir, rose et sable.

Dans d’autres tableaux on le voit assis, sur un banc, un homme à côté de lui, assis à côté d’une toile, assis au milieu d’une pièce circulaire, debout devant des escaliers, allongé à l’encoignure d’une porte, à la Bacon toujours, le corps toujours menaçant et menacé et parmi toutes ses toiles, il y a celle où George est à vélo, peinte trois ans après leur rencontre dans un bar new-yorkais, le vélo est comme dédoublé, comme en envol sur un fond marron, un tableau d’une tonalité assez gaie.

Sept ans plus tard, la veille de l’ouverture d’une grande rétrospective Francis Bacon au Grand Palais, on retrouve Georges Dyer dans sa chambre d’hôtel, mort… Il vient de se suicider.

Entre-temps Francis Bacon avait fait la connaissance de son voisin à Londres : Gerard Schurmann et les deux hommes étaient devenus bons amis, et partage leur conception de l’art et de l’esthétique. Le compositeur se met alors en tête d’illustrer musicalement quelques-uns de ses tableaux dont ce fameux George et la bicyclette.

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