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Françoise Nyssen et son expérience au Ministère de la Culture français

Directrice des éditions "Actes Sud", Françoise Nyssen a fait un passage éclair au ministère français de la Culture. Dans un livre, "Plaisir et Nécessité", elle revient sur cet épisode, tout en dressant le bilan d’une vie jalonnée par les épreuves, les convictions et les aventures.
En exergue de son livre, Françoise Nyssen cite Edgar Morin : "À force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel". Son passage au ministère français de la culture l’aurait-il rendue plus philosophe ? Au sujet de ces dix-sept mois, elle consacre évidemment de nombreuses pages.

Ce livre, "qui est un livre de transmission et non d’écrivain" précise-t-elle, est l’occasion de revenir à l’essentiel : "toute ma vie, j’ai estimé que je devais être capable de tout recommencer à zéro, quitte à faire des ménages."
Bien que très tôt passionnée par les livres, elle opte pour des études scientifiques qui ne semblent pas la destiner directement à un futur métier d’éditrice.

Si elle doute très souvent, elle ne manque pas d’idées claires à propos de certaines choses : "je suis nourrie par une certitude : l’intelligence est collective".

Cette intelligence collective, elle va l’expérimenter avec son père, Hubert Nyssen, personnage tout à la fois fascinant et insaisissable, tant il virevolte d’une activité à l’autre : "À côté de lui, je me sentais complexée, moi la petite scientifique n’ayant pas fait d’études littéraires. Il représentait pour moi un puits de connaissance et sa créativité n’avait pas de limites." C’est la période de la fondation des éditions "Actes Sud". La province, Arles : "Les gens étaient atterrés que je parte vivre dans le Sud sans réel statut. J’étais déconsidérée socialement. Vivre en province, c’était l’opprobre." C’est le temps de la bohème, de la débrouille, des difficultés et des premières réjouissances. Mais c’est surtout la découverte d’une vérité : être éditeur est un engagement. Le sien consistera notamment à favoriser les liens entre les cultures " Je pense qu’une politique amplifiée de soutien à la traduction doit être menée. C’est une politique publique indispensable aujourd’hui pour pouvoir échanger les littératures et les idées. Ce travail est essentiel pour la compréhension mutuelle des peuples et le dialogue entre eux. " C’est précisément ce goût pour l’intérêt général qui va la pousser à accepter la fonction de ministre de la Culture, qu’elle refuse pourtant dans un premier temps.

Très vite, elle se confronte à la rigidité d’Edouard Philippe et à la cohorte de conseillers qui la brident quasi systématiquement. Elle qui désire travailler en étroite collaboration avec le milieu de l’éducation, comprenant toute l’importance de la pratique artistique dès le plus jeune âge, se heurte également aux acteurs de la culture qui ne comprennent pas sa démarche. Son fameux pass-culture ne fait pas l’unanimité. Elle n’a de cesse pourtant de rappeler sa vision : "un ministre de la culture doit se préoccuper de l’ensemble des citoyens, car la culture touche tout le monde et pas uniquement une élite."

De cette expérience, elle n’a pourtant gardé aucune rancœur ni véritable regret, mais seulement une conviction plus que jamais ancrée en elle : "Nous sommes culture. La façon de communiquer et de découvrir l’Autre passe par la culture, elle passe par les livres, par le théâtre, par la musique…"

Pascale SEYS.

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