L'odyssée

Du lundi au vendredi de 09:06 à 12:00 sur Musiq3

Plus d'infos

Vin et musique classique, une histoire d’accords parfaits ?

Depuis quelque temps, les neurosciences ont le vent en poupe. Après nous avoir parlé des mystères de l’oreille absolue, Cécile Poss nous convie à une dégustation de vin.

La dégustation du vin et de ce qui se passe en même temps dans notre cerveau a intéressé quelques scientifiques qui vont alors faire des IRM fonctionnelles afin de voir quelles régions s’activent dans le cerveau lorsqu’une personne boit un vin, sur lequel on lui a donné préalablement des informations qui étaient, soit justes, soit fausses. Le but était simplement de voir comment champ cognitif allait, ou pas, interférer avec le champ sensoriel.

Lien entre musique et dégustation de vin, une question de code esthétique ?

Fabrizio Bucella est professeur de physique à l’ULB, mais il est aussi directeur l’école de dégustation de vin Inter Wine & Dine et il a réalisé un test : faire déguster le même vin en distillant deux musiques très différentes, d’une part, un Nocturne de Chopin, d’autre part, de la French Core. On constate qu’il y a une plus grande appréciation du vin avec les Nocturnes de Chopin qu’avec le morceau French Core. Cela signifie qu’il y a une forme de code esthétique qui est associée à la dégustation du vin et qui un code esthétique plutôt proche de la musique classique et qui donc, fait qu’il y a une sorte de dissonance sensorielle et en partie cognitive lorsqu’on déguste un Bordeau et qu’on nous impose de la French Core.

Importance du contexte environnemental

Le contexte environnemental joue un rôle. Par exemple, certaines études montrent que plus le volume sonore est élevé, plus les consommations augmentent. Un autre exemple est que l’on a tendance à donner trois à quatre d’âge en plus au même vin lorsque l’on écoute de la musique classique, alors que l’on rajeunira ce même vin si on écoute de la musique contemporaine. Comme si notre cerveau faisait une analogie entre l’âge de la musique que l’on écoute et le vin qu’on déguste.

Des interférences intermodales

Un autre exemple concerne la persistance aromatique intense. "C’est un descripteur assez important qui permet de quantifier le nombre de seconde que la perception du vin reste en bouche, après absorption. La musique avec un tempo lent va allonger la perception aromatique intense alors qu’une musique avec un tempo rapide va la raccourcir. C’est assez exceptionnel car la persistance aromatique intense est un descripteur numérique assez précis et sur lequel un certain nombre de dégustateurs s’accordent assez vite. On voit donc bien à quel point l’environnement vocal est influent et c’est ce que les scientifiques appellent des interférences intermodales. C’est l’idée qu’une modalité sensorielle va influencer une autre modalité."

Cette étude n’a pas encore fait l’objet d’analyse IRM qui nous permettra de mieux comprendre quelles sont les parties du cerveau qui s’activent lorsqu’on boit un vin et que l’on écoute un style de musique en même temps. C’est donc un sujet à suivre.

C’est dans cette même veine de recherche qu’une maison de champagne, l’Université d’Oxford, l’IRCAM ont mené pendant cinq ans une étude sur les connexions entre la musique classique et le goût. De cette étude, il en est sorti que la musique classique permettrait "d’un point de vue scientifique, de révéler des facettes aromatiques". C’est ainsi que la maison de champagne Krug, qui a participé à l’étude, organise des dégustations "symphoniques", dans la continuité des recherches menées durant cinq ans.