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Tomaso Albinoni, le Vénitien dilettante rendu célèbre par une œuvre qu’il n’a pas composée

Tomaso Albinoni, dont on célèbre cette année les 350 ans de sa naissance, reste à ce jour un des grands compositeurs connus pour quelque chose qu’il n’a pas écrit. En effet, encore aujourd’hui, il est crédité d’un certain Adagio, poignant certes, mais composé bien après sa mort. Vincent Delbushaye vous propose de retracer son parcours, ses influences, d’écouter ses Adagios, les siens et ceux des autres, parce qu’au fond, ce sur quoi on peut s’accorder, c’est que ce Tomaso Albinoni aura et continue d’inspirer encore aujourd’hui.

Qui a composé l’Adagio d’Albinoni ?

Le Fantôme d’Albinoni interprété par Fanny Bériaux, inspiré bien sûr du fameux Adagio d’Albinoni, qui n’a absolument pas été composé par Albinoni. Revenons sur cette incroyable histoire, celle du musicologue italien Remo Giazotto, passionné par Albinoni et qui aura en quelque sorte menti, pour rendre plus populaire encore son compositeur favori. Une grande partie des partitions originales d’Albinoni se trouvaient à la bibliothèque de Dresde, en Allemagne, et quand la ville a été bombardée en février 1945, la quasi-totalité de la ville, en ce compris la fameuse bibliothèque, a été anéantie. De quoi donner des sueurs froides à ce Remo Giazzoto qui voyait là disparaître en fumée toute sa passion. Il raconte que c’est dans les ruines encore fumantes qu’il est tombé sur un morceau de papier, portant encore la signature d’Albinoni et un fragment de mélodie. Une mélodie qu’il s’était empressé de réorchestrer et de faire connaître au monde. Seul bémol : il n’aura jamais pu fournir ce morceau de papier et il est probable qu’il n’ait jamais existé. Ceci dit, avant de condamner ce pauvre Giazotto, il faut reconnaître qu’il aura bien fait son travail de musicologue en faisant redécouvrir la musique d’un formidable musicien vénitien du début du XVIIIe siècle. Et c’est peut-être ça le plus important.

Et si vous voulez écouter un Adagio d’Albinoni réellement composé par Albinoni, vous pouvez écouter son Adagio en ré mineur, issu de son Concerto pour hautbois n°2 op.9.

Albinoni, Il Dilettanto Veneto

On va faire un rapide tour d’horizon de la Venise de ces années de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècles. Albinoni y fait de la musique sans aucune pression puisqu’il est issu d’une famille très riche et qu’on le destinait à tout autre chose. Il présente un peu le même profil que son contemporain Benedetto Marcello ; ils ont d’ailleurs probablement dû se croiser. Si Albinoni se faisait appeler "Il Dilettanto Veneto" (Le Vénitien dilettante), Marcello avait lui choisi le surnom de "Patrizio Veneto" (Le Patricien vénitien).

Le violon est vraiment l’instrument-roi dans la Venise du début du XVIIIe siècle. Partout, on en fabrique, partout on en joue, partout on compose pour cet instrument, parfois même en imaginant des Concertos pour deux violons.

Une grande partie de l’œuvre d’Albinoni a été perdue lors des bombardements de Dresde en 1945, et parmi ces grandes pertes, il y a tout le pan "opéra" de la production d’Albinoni. Il faut savoir qu’il avait composé pas moins de 80 opéras dont certainement les 9/10e sont partis en fumée. C’est donc un petit miracle de pouvoir vous proposer cet extrait de son opéra "Il Nascimento dell’Aurora", La Naissance de l’Aurore.

À partir de 1741, soit dix ans avant sa mort, il n’existe plus aucun document le concernant, comme s’il avait disparu, ou qu’il n’avait plus rien fait de public, ou de publié. Ses partitions, par contre, voyageaient déjà dans toute l’Europe depuis longtemps : on sait par exemple que Jean-Sebastien Bach s’en servait pour apprendre l’écriture de mélodies à ses élèves…

Retrouvez Vincent Delbushaye tous les jours de 9h à 12h sur Musiq3

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