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Musique et concentration : une symphonie neuronale bénéfique ?

Cécile Poss continue son incursion dans les neurosciences : après nous avoir parlé des mystères de l’oreille absolue et des accords entre le vin et la musique classique, elle s’intéresse au lien entre concentration et musique et à un phénomène connu sous le nom "d’effet Mozart".

Sans la musique, la vie serait une erreur.

Friedrich Nietzsche

Mais est-ce pour autant une bonne idée de l’écouter lorsque l’on travaille ? Peut-elle augmenter notre concentration, notre mémorisation, notre créativité ou au contraire venir parasiter la tâche que l’on est en train d’accomplir ? Comment la musique agit-elle sur notre cerveau.

Une symphonie neuronale

Comme l’explique Emmanuel Bigand, professeur de psychologie cognitive à l’Université de Bourgogne, il n’existe pas "une aire de la musique bien circonscrite qui s’activerait à chaque fois que l’on écoute de la musique", ajoutant que "la musique active tout un ensemble de réseaux" dans notre cerveau, formant une "symphonie neuronale". Cela explique pourquoi l’écoute et la pratique de la musique peuvent avoir un effet de "plasticité" cérébrale qui est très bénéfique sur le cerveau. "Si la musique n’activait qu’une seule partie du cerveau, elle n’aurait pas d’impact sur les autres compétences" conclut le Professeur Bigand.

D’après plusieurs études, la musique augmente notre productivité lorsque nous exécutons des tâches répétitives. Mais qu’en est-il lorsque nous effectuons un travail qui requiert toute notre attention ?

Tout dépend du type de musique que l’on écoute. En effet, si nous écoutons une musique qui est complètement indépendante de la tâche intellectuelle que nous sommes en train d’accomplir, nous sommes dans une situation de double tâche, c’est-à-dire que le cerveau doit faire deux choses complètement différentes en même temps et, comme le précise le Professeur Bigand, "notre cerveau n’aime pas faire ça".

Musique et concentration, la bonne combinaison ?

Il n’existe pas de réponse unique à cette question, il y a autant d’études qui confirment que la musique aide à la concentration et augmente la performance dans les tâches que d’autres qui affirment même que la musique peut avoir des effets néfastes sur la concentration.

Pour ne citer qu’un exemple dans le domaine de la musique classique, une étude d’une université écossaise, publiée dans l’International Journal of Surgery, démontre que les performances des chirurgiens, pendant une opération, pourraient être améliorées de 11% grâce à l’écoute – en fond sonore – des œuvres de Bach ou Mozart. Cette écoute permettrait également aux chirurgiens de terminer plus rapidement les opérations, sans altérer la qualité de celle-ci.

Une autre étude, basée sur le principe de la "réactivation de mémoire ciblée", démontre que l’écoute d’une musique classique pendant l’étude et pendant la nuit qui précède l’examen améliore considérablement les résultats de l’étudiant.

Une question de bien-être

En choisissant une musique qui nous plaît, nous nous sentons bien, cette musique va alors activer les circuits de récompense de notre cerveau, et le cerveau va libérer de la dopamine. C’est ce neurotransmetteur qui est à l’origine du bien-être. Qui dit bien-être dit réduction du stress et de l’anxiété, deux sentiments qui viennent souvent parasiter nos fonctions cognitives. Et en plus, ce bien-être libère de la sérotonine qui elle, facilite notre concentration.

Ceci dit, la musique instrumentale semble être, logiquement, la plus à même de ne pas nous distraire.

"La musique classique présente d’autres avantages, elle peut être plus constante. Par contre, si vous écoutez de l’opéra, votre cerveau va être attiré par ces voix humaines qui déclenchent des réflexes attentionnels immédiats."

L’effet Mozart

Cette théorie scientifique apparaît au début des années 1990 et postule que l’écoute de la musique de Mozart permet une amélioration temporaire du raisonnement spatio-temporel, tel qu’on le mesure dans l’évaluation du quotient intellectuel.

Pour valider les résultats d’une étude scientifique, il faut qu’elle soit reproduisible. Isabelle Peretz et d’autres laboratoires ont donc essayé d’obtenir les mêmes résultats que cette étude du début des années 1990. Ils n’y sont jamais parvenus. Ils ont alors publié leur étude dans le même journal qui a publié l’étude sur L’effet Mozart et ils ont intitulé leur article Le Requiem de l’effet Mozart.