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Les tubes de l’été, une recette magique précise ou véritable mystère cognitif ?

Une fois n’est pas coutume, nous n’allons pas parler de musique classique… Cécile Poss continue son exploration des neurosciences : après avoir parcouru les mystères de l’oreille absolue, dégusté les liens entre le vin et la musique classique, et analysé les possibles bénéfices de la musique sur notre concentration, elle nous parle du phénomène des tubes de l’été.

Comment plaire à une majorité ?

Chaque année, durant la saison estivale, nous avons en tête des morceaux de musique qui souvent nous donnent envie de danser, de chanter ou qu’on écoute sans cesse. Comment se fait-il que ces chansons deviennent des tubes de l’été, comment et pourquoi arrivent-ils à plaire à une majorité ? Cécile Poss a posé la question à Emmanuel Bigand, professeur de psychologie cognitive à l’Université de Bourgogne.

"Les tubes de l’été, c’est vraiment la question magique pour nous, scientifiques, parce qu’on pourrait penser – et d’ailleurs, c’est ce que l’on croit souvent – que les tubes, ce sont des musiques faciles à faire et qu’il suffit de matraquer un peu l’auditoire avec le tube et que ce conditionnement pavlovien va suffire à nous faire acheter tel morceau plutôt qu’un autre, mais ce n’est pas du tout ça, c’est beaucoup plus mystérieux un tube. Et si les industries du disque savaient maîtriser les tubes, elles auraient fait fortune et c’est parce qu’elles ne savent pas maîtriser les tubes qu’il y a toujours cette incertitude et c’est cette incertitude qui est plaisante : on ne sait pas quel sera le tube de cette année. Et la caractéristique amusante, et c’est presque un pied de nez, c’est que ces tubes ne sont pas des morceaux de musique qui sont révolutionnaires sur le plan musical, ce sont plutôt, au contraire, des morceaux qui réutilisent des matériaux que l’on a déjà entendus mais avec un élément d’originalité ou inattendu, et qui pour une raison que l’on ne peut pas non plus anticiper mais qui vient des attentes du public va faire écho à ces attentes."

L’effet d’exposition préalable

Il arrive qu’après une seule écoute, nous soyons séduits par une musique, à l’inverse, il nous faut parfois écouter un morceau plusieurs fois avant de pouvoir l’apprécier. C’est ce que l’on appelle l’effet d’exposition préalable : lorsqu’on présente un stimulus, qu’il soit musical, visuel ou autre, et qu’on devient familier, même sans s’en rendre compte, à ce stimulus, on a tendance à plus l’apprécier. Ce sont des mécanismes de familiarisation qui peuvent jouer en musique. Mais, précise Emmanuel Bigand, "ce n’est pas suffisant pour expliquer le phénomène des tubes de l’été".

Dans les années 1960, 1970 et 1980, les tubes de l’été étaient plutôt variés. Et puis, en 1989, est arrivée La lambada, c’est le début des tubes commandé, dirigés et destinés à plaire à un grand nombre d’entre nous. Les tubes de l’été vont alors se ressembler de plus en plus. Certaines études ont pu mettre en évidence que beaucoup des tubes des années 2000, par exemple, avaient été composés par le même compositeur et que ces chansons reposaient donc sur le même modèle.

Y aurait-il des rythmes, des mélodies, existe-t-il des formules musicales qui seraient systématiquement gagnantes ? "Il y a des liens entre la rythmicité des musiques et nos rythmicités corporelles et nos rythmicités cérébrales, c’est certain." Déclare Emmanuel Bigand. "Mais il n’y a pas d’effets mécaniques on ne peut pas dire, telle pulsation aura tel effet sur tout le monde. Le rythme est une structure hiérarchique, vous pouvez avoir différents niveaux de pulsations lorsque vous écoutez une musique, tout dépend de là où vous faites attention."

Et Emmanuel Bigand de conclure : "Les tubes de l’été, ce sont une configuration d’éléments : tout va dépendre de la façon dont les éléments rythmiques, mélodiques, de timbre, de qualité de son vont être configurés pour que tout ça converge vers un succès. Donc, il n’existe pas de recette de cuisine du tube de l’été parfait."